jeudi 31 août 2017

Le sacré et le profane : Deux visages de l'art méso-américain (1984)



Le sacré et le profane

par Jacques Soustelle

Deux visages de l'art méso-américain

[Le Courrier de l'Unesco, juillet 1984, p. 4-8]

NOTRE civilisation occidentale a tranché ses amarres avec le sacré. D'où la difficulté que nous éprouvons à comprendre l'art d'autres cultures, qui, elles, n'ont jamais cessé d'être solidement enracinées dans leurs conceptions religieuses, dans leur vision du monde, dominées par les mythes traditionnels.

La notion de « l'art pour l'art » est étrangère à ces civilisations. Leurs arts plastiques s'acquittent d'une fonction déterminée : évoquer le monde du sacré, fournir au rituel l'iconographie et le cadre matériel qui doit l'entourer, rendre visibles, palpables, les symboles qui constituent le langage ésotérique de la religion.

Cependant, si grande que soit la part du sacré, les sujets profanes ne sont pas totalement absents : mais il s'agit surtout d'exalter, à défaut des dieux, la grandeur des hommes, de certains hommes : chefs de guerre, rois, prêtres de haut rang.

Il suffit de jeter un coup d'œil sur les vestiges de l'art précolombien du Mexique et de l'Amérique centrale, de cette « Mésoamérique » qui a été pendant trois mille ans un des foyers les plus brillants de la culture mondiale, pour y observer d'une part la prépondérance du sacré, d'autre part la vigueur d'un « secteur profane » étroitement lié aux structures sociales et politiques des Etats autochtones.

Notons au départ que notre connaissance des arts précolombiens est limitée à certains d'entre eux, très importants et très riches il est vrai : sculpture, que ce soit en bas-relief ou en ronde bosse, ciselure des pierres semiprécieuses, peinture murale, enluminure des manuscrits, décor des tissus et des céramiques. Les merveilleux bijoux d'or ont presque tous disparu dans les creusets des conquérants. Les fragiles chefs-d'œuvre des artistes qui élaboraient délicatement, avec une patience infinie, les mosaïques de plumes multicolores, ont été détruits à deux ou trois exceptions près. De la musique indienne nous ne savons pratiquement rien ou plutôt, si nous connaissons bien ses instruments, ses teponaztli à deux tons, ses flûtes et ses trompes, nous ignorons tout des mélodies et des rythmes : la musique venue d'Europe a tout submergé.

Peut-on parler d'art à propos des premières ébauches, des tâtonnements de la période dite « pré-classique » ? Sans doute, car cet « horizon archaïque », comme on l'a souvent qualifié, correspond aux débuts de l'agriculture, aux cultes paysans du 2e millénaire avant notre ère, et on en retrouve les caractéristiques un peu partout depuis le Mexique central jusqu'au Costa Rica : il s'agit essentiellement de figurines en terre cuite, personnages très souvent féminins qui ne sont pas sans évoquer nos « Vénus » préhistoriques européennes, avec leurs formes généreuses. On se trouve probablement en présence de petites divinités agraires, dont on attendait la fécondité du sol et l'abondance des moissons. La vallée de Mexico est particulièrement riche en figurines de ce genre.

Tout ce « pré-classique » constitue comme une introduction à ce qui va être l'essentiel : les hautes civilisations mésoaméricaines. Le rideau se lève vers 1200 avant notre ère sur la plus ancienne d'entre elles, celle des Olmèques, qui brillera d'un vif éclat depuis la côte du golfe du Mexique jusqu'à celle du Pacifique et au Guatemala pendant huit siècles. Avec ce peuple encore bien mystérieux se définissent les traits caractéristiques de l'Amérique moyenne, que l'on retrouvera jusque chez les Aztèques près de trois mille ans plus tard : importance primordiale des centres cérémoniels et par conséquent de l'art sacré, prédominance de la sculpture et de la ciselure, stèles à bas-reliefs et autels monolithiques. Aux Olmèques également remontent les premiers éléments d'une écriture hiéroglyphique et du calendrier complexe de la Mésoamérique.

C'est l'art de la pierre qui nous séduit avant tout chez les Olmèques. Et d'ores et déjà on le voit consacré aux deux thèmes majeurs mentionnés plus haut : le monde divin et celui des hommes. Du premier thème relèvent, pour citer quelques exemples : les autels de La Venta et de San Lorenzo dont les bas-reliefs montrent des personnages, dieux ou prêtres, portant dans leurs bras un étrange enfant mi-humain, mi-félin ; la déesse de la pluie et de l'abondance agricole représentée à Chalcatzingo ; le « bébé jaguar » de Las Limas, statuette de jade d'une extraordinaire virtuosité, et les hommes-jaguars de la. collection Bliss au Musée de Dumbarton Oaks à Washington.

Le thème des hommes d'Etat, chefs et ambassadeurs, est richement interprété : les têtes colossales qui caractérisent la culture olmèque semblent bien être des portraits. Elles ont des traits individuels, et les casques qui les coiffent sont ornés de glyphes — sans doute le nom ou le titre de ces grands hommes. A La Venta, la stèle bien connue dite « de l'Ambassadeur » relate un fait historique : l'homme en marche agitant un drapeau est accompagné de quatre signes hiéroglyphiques. Plus célèbre encore est la stèle « de l'Oncle Sam » dont les basreliefs montrent un « face-à-face » entre un Olmèque typique, au visage rond, et un individu aux traits anguleux : entrevue politique entre deux chefs d'origines ethniques différentes ?

Ainsi, dès le premier millénaire avant notre ère, les arts mésoaméricains se sont définis pour l'essentiel. Cela ne signifie évidemment pas qu'ils soient demeurés immobiles et semblables les uns aux autres pendant tout le temps qui s'est écoulé jusqu'à la conquête espagnole. Loin de là : chaque civilisation, chaque province a développé ses styles. Mais il est indéniable qu'un « air de famille » leur est commun à tous. Si l'on reconnaît au premier coup d'œil la statuette olmèque, le bas-relief maya, la peinture de Teotihuacán ou la statue aztèque, toutes ces œuvres ensemble sont plus proches les unes des autres que celles que nous ont laissées les civilisations andines de Chavin à Tiahuanaco, des Mochica aux Inca.

Du point de vue des arts plastiques, l'histoire de l'Amérique moyenne après les Olmèques peut être décrite en deux grandes phases : l'époque classique, depuis la fin du 1er millénaire avant notre ère et le début de celle-ci jusqu'au 10e siècle ; l'époque post-classique de l'an 1000 au début du 16e siècle. A la première phase appartiennent l'art de Teotihuacán, celui des Maya « classiques », celui de Monte Albán et de l'Oaxaca, celui du golfe du Mexique (Veracruz). A la deuxième se rattachent les Maya récents (Yucatán), les Toltèques, la culture mixtèque des montagnes de l'Oaxaca et celle, dite « mixteca-puebla » qui s'est développée entre ces montagnes et la plaine de Cholula et Tlaxcala, enfin la civilisation impériale des Aztèques.

L'art maya classique, tel qu'il nous apparaît dans des métropoles comme Tikal, Palenque, Yaxchilán, Copan, dont l'apogée se situe entre le 6e et le 8e siècles, peut sans doute être considéré comme le sommet absolu de l'esthétique autochtone américaine. Qu'il s'agisse des grands bas-reliefs comme ceux de Palenque (Panneau des Esclaves, sarcophage du Temple des Inscriptions), des stèles de Tikal et de Copan, des linteaux et des panneaux de Yaxchilán, ou encore des objets précieux trouvés dans les tombes : bijoux de jade, os gravés, ou enfin des inscriptions aux caractères élégants comme des arabesques, le style maya s'impose par un alliage de puissance et de grâce qui n'appartient qu'à lui. Les dieux et les prêtres, les scènes mythologiques ou rituelles dominent le plus souvent, mais à Yaxchilán et à Piedras Negras d'admirables bas-reliefs retracent l'histoire dynastique des villes et exaltent la gloire des rois. A Bonampak, les fresques qui ont, exceptionnellement, échappé à la destruction par l'action corrosive du climat dépeignent la vie d'une principauté maya de moyenne importance, les cérémonies et les danses, les orchestres et les femmes de la noblesse, des scènes de violence aussi, où de hautains guerriers vêtus de peaux de jaguar et couronnés de plumes jouent le premier rôle. Le décor peint sur les vases polychromes de la grande époque nous renseigne également sur les Maya classiques, leurs vêtements, leurs ornements ; tel le fameux vase de Nebaj (au British Museum).

Contemporaine des Maya classiques, la civilisation de Teotihuacán, sur le haut plateau central, a entretenu avec eux, malgré les énormes distances, des relations suivies. Mais l'art de Teotihuacán est demeuré profondément original. La sculpture y a surtout été l'auxiliaire d'une architecture austère et grandiose : c'est ainsi par exemple que le magnifique temple du Serpent à Plumes, dans l'ensemble gigantesque de la « Citadelle », est orné de représentations en bas et haut-relief des dieux de la pluie et de la végétation. De même, de belles sculptures ornent les piliers du « Palais du Papillon emplumé » (Quetzalpapalotl) récemment découvert. Une déesse de l'eau, aujourd'hui au Musée de Mexico, était représentée par une statue, ou plutôt une dalle sculptée, de dimensions monumentales. Mais l'art de Teotihuacán est avant tout celui de la peinture murale. Là se déploie avec splendeur, sur les parois des édifices d'Atetelco, de Tepantitla, un art sacré qui met en scène les dieux, les prêtres, les rites, quelquefois les fidèles et les bienheureux du Paradis. Le visage du dieu de la pluie fécondante apparaît comme un motif presque obsessionnel non seulement sur les parois peintes, mais sur les céramiques qui sont, elles aussi, ornées de peintures à la fresque, technique très particulière à cette civilisation. Enfin les artistes de Teotihuacán ont fait revivre et ont porté au plus haut degré de perfection ce que les Olmèques avaient esquissé : la représentation du visage humain. Ce ne sont plus des têtes colossales, mais des masques funéraires en pierre dure, souvent décorés d'incrustations de turquoise, de jade et de nacre, que l'on sculptait et polissait.

S'il fallait caractériser en quelques mots, par quelques traits, l'art de l'époque classique dans l'Oaxaca et dans la région du golfe, on pourrait avoir recours à des formules schématiques telles que celles-ci : pour l'art zapotèque de Monte Albán, de Mitla, de Yagul, de Monte Negro et autres sites de l'Oaxaca, la dominante est assurément la céramique, la terre cuite modelée pour représenter les dieux — quelquefois des humains, comme c'est le cas de la très belle statuette du « Scribe » ; mais on ne saurait passer sous silence la peinture murale qui s'est déployée dans les chambres funéraires. Pour ce qui concerne la zone côtière dans l'actuel Etat de Veracruz, le trait le plus caractéristique est la sculpture : bas-reliefs religieux à El Tajin, et surtout ces objets énigmatiques, en rapport avec le jeu de balle rituel, appelés « jougs » et « palmas », d'une facture raffinée et d'une grande beauté plastique. Mais les statuettes et statues (certaines hautes de près de 2 m) en terre cuite, qui représentent soit des divinités soit des prêtres ou des guerriers, ne sont pas moins originales.

Si Teotihuacán semble succomber à un assaut extérieur ou à une convulsion intérieure au 7e siècle, si les cités maya cessent de construire, de sculpter et de peindre au début du 10e, si en somme le monde classique donne des signes non équivoques d'épuisement vers la fin du 1er millénaire de notre ère, certains centres urbains échappent, pourrait-on dire, à cette crise généralisée. Tel est le cas assurément de Xochicalco, sur le versant occidental du haut plateau, avec ses beaux bas-reliefs très « mayoïdes » et ses inscriptions hiéroglyphiques dans le style de Monte Albán. De même, au pied des volcans sur le plateau de Puebla, les admirables fresques de Cacaxtla récemment mises à jour reflètent les conceptions mythologiques d'une population probablement originaire de la zone du golfe et soumise à des influences maya, tandis que certains panneaux retracent des scènes de bataille et des exploits guerriers.

Quoi qu'il en soit, les 9e, 10e et 11e siècles ouvrent le Mexique à de vastes migrations humaines. Les peuples nomades et belliqueux des steppes du Nord déferlent par vagues successives sur le plateau central. Certains poussent jusqu'au Yucatán et au Guatemala. La grande cité de Tula, fondée au 9e siècle, reprendra une part de l'héritage de Teotihuacán : mais les nouveaux venus ont apporté des conceptions cosmologiques et des rites — notamment les sacrifices humains et la doctrine de la guerre cosmique — qui se reflètent dans l'art. A Tula, les caryatides qui soutiennent le toit du grand temple sont d'énormes statues de guerriers raidis sous les armes, avec leurs couronnes rigides de plumes d'aigle. Les bas-reliefs ont pour thèmes des processions ou défilés militaires, des aigles et des jaguars dévorant des humains. Des sculptures macabres ornent les tzompantli où s'entassaient les crânes des sacrifiés. Le Serpent à Plumes, naguère interprété à Teotihuacán comme la divinité bienveillante de l'abondance végétale, devient à Tula un dieu de  l'Etoile du Matin, dieu-archer aux flèches redoutables.

Imposant et austère, l'art toltèque est le miroir d'une société vouée au culte des astres et à la guerre. Transposé au Yucatán où il est « greffé » pour ainsi dire sur la tradition maya, il évolue, devient plus souple et plus élégant, juxtapose des motifs maya tels que le dieu de la pluie Chac aux divinités toltèques, s'épanouit dans la grandiose architecture du Temple des Guerriers et du Jeu de Paume à Chichén-Itzá. Cet art hybride brillera d'un très vif éclat pendant deux siècles. On lui doit non seulement les belles sculptures des monuments, mais aussi d'intéressantes peintures murales et de magnifiques ciselures, disques d'or gravés de motifs toltèques (par exemple les scènes de sacrifices humains) avec une virtuosité proprement maya.

Dans l'Oaxaca, les tribus mixtèques de la montagne ont accentué leur pression sur les vallées, obligeant dès le 11e siècle les Zapotèques à se déplacer vers l'Est, dans la direction de Tehuantepec. Maîtres de Monte Albán et de Mitla, les Mixtèques y ont développé leur art particulier, dont le point culminant est marqué par l'orfèvrerie et par l'enluminure des manuscrits. Les bijoux d'or et de turquoise découverts dans les tombes mixtèques suscitent l'admiration. Bien que destinés avant tout à des fins d'ornementation, ils présentent bien souvent un caractère religieux ou cosmologique : un pectoral comporte les symboles de la terre, du soleil et du jeu de paume cosmique ; un autre figure le dieu Xipe Totee ; un autre encore constitue un tableau de concordance entre les calendriers zapotèque et mixtèque. Quant aux manuscrits ou codex mixtèques, leurs enluminures polychromes et leurs pictogrammes reflètent comme une véritable encyclopédie illustrée tantôt les croyances religieuses et les rites, tantôt l'histoire des dynasties autochtones et de certains héros nationaux comme le légendaire « Huit-Cerf-Griffe de jaguar». Le style et la palette des enluminures, ainsi que le système symbolique lié au calendrier rituel, se retrouvent dans les peintures murales.

L'influence de l'art mixtèque a joué un rôle très important dans l'évolution artistique du Mexique central. La culture dite « mixteca-puebla » s'est développée depuis les montagnes de l'Oaxaca jusqu'à Cholula et a contribué substantiellement à la formation de l'art de la vallée de Mexico. Les codex religieux d'une haute valeur esthétique et d'un vif intérêt idéologique comme le Codex Borgia, les fresques de Tizatlán (Tlaxcala), les céramiques polychromes de Cholula, relèvent de ce courant culturel.

Les Aztèques, derniers venus au Mexique central, ne sont entrés qu'au début du 15e siècle dans la course à l'hégémonie. Etant arrivés très rapidement à dominer, d'abord leurs voisins du plateau central, puis l'essentiel du territoire mexicain d'un Océan à l'autre, ils entreprirent de rassembler en une confédération la mosaïque de cités et d'Etats petits et grands qui se partageaient le pays. Du même coup, ils s'engageaient dans la voie d'une synthèse religieuse et artistique. L'art aztèque a pour racine principale la tradition toltèque, à laquelle sont venues s'ajouter les influences mixtèques et « mixteca-puebla ». Les découvertes réalisées au cours des dernières années dans l'ancien grand Temple de Mexico montrent que les Aztèques connaissaient et appréciaient les chefs-d'œuvre des civilisations qui lesavaient précédés : Olmèques, Teotihuacán, ou de celles dont ils avaient occupé les cités telles que Monte Albán. L'art aztèque est donc un art impérial, celui d'un Etat qui s'efforce d'absorber et de restructurer le patrimoine de tout un vaste ensemble de peuples divers.

La sculpture aztèque, en dépit des destructions, a laissé d'innombrables témoignages de sa perfection technique et de sa puissance symbolique. Là encore c'est la thématique religieuse et cosmologique qui prédomine : statue monumentale et d'un symbolisme bouleversant de la déesse terrestre Coatlicué ; disque de pierre représentant la divinité lunaire Coyolxauhqui ; gigantesque Calendrier aztèque où se résume toute une vision du monde et du temps ; macabres et grimaçantes Ciuteteo, femmes divinisées et démons du crépuscule ; bienveillants Tlaloc dieu de la pluie et Xochipilli, dieu de la jeunesse et des fleurs. Innombrables sont ces représentations divines d'une facture impeccable qui faisaient dire aux contemporains que les Aztèques étaient « les plus pieux des hommes ». Cependant, les sujets profanes ne sont pas oubliés. La fameuse « Pierre de Tizoc », avec ses bas-reliefs à la gloire de l'empereur ainsi nommé, exalte des exploits imaginaires, car ce souverain, disent les chroniques, n'était pas en réalité le valeureux guerrier que sa propagande décrivait. Nombreuses sont les statues, sobres et touchantes, de maceualli (hommes du peuple), les sculptures représentant des plantes, des animaux : coyotes laineux, insectes. Moins flamboyant que l'art maya, moins rigide que l'art toltèque, l'art qui fleurissait à Tenochtitlán quand Cortés et ses compagnons d'aventure y arrivèrent en l'an fatidique de 1519, était le reflet à la fois d'une longue tradition et d'une vive sensibilité créatrice.

Les arts « mineurs » — ceux de l'or, des bijoux, des pierres ciselées, des plumes — étaient hautement appréciés chez les Aztèques ; de trop rares pièces conservées dans des musées permettent seulement d'en imaginer la perfection. Quetzalcóatl, le bienveillant Serpent à Plumes, héros civilisateur, inventeur de l'écriture et du calendrier, n'était-il pas par excellence le protecteur des artistes ?

Jacques Soustelle

JACQUES SOUSTELLE, ethnologue, écrivain et homme politique français, ancien ministre, est professeur à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris. Spécialiste des civilisations précolombiennes du Mexique et de l'Amérique centrale, il est membre de l'Instituto mexicano de Cultura et a obtenu, entre autres distinctions, le prix international Alfonso Reyes. Parmi ses œuvres, il faut citer Les quatre soleils (1967), La civilisation des Olmèques (1979), L'univers des Aztèques (1979) et Les Maya (1982). Depuis mai 1984, il est membre de l'Académie française.

lundi 31 juillet 2017

La lutte contre la guerre et le fascisme au Mexique (1934)



La lutte contre la guerre et le fascisme au Mexique

[Article de Jacques Soustelle (sous le pseudonyme de Jean Duriez), Spartacus, n° 2, 14 décembre 1934, p. 2-3]

Pour la première fois dans l'histoire du Mexique, un vaste congrès a réuni dans la capitale, du 26 au 28 août dernier, des représentants des masses laborieuses de tout le pays, pour un travail à la fois d'information et de préparation à la lutte. Il s'agissait avant tout de montrer aux travailleurs mexicains, dans toute son urgente gravité, le danger fasciste, pour les amener ensuite à s'unir et à forger une organisation capable de résister aux émules de Mussolini et de Hitler.

En quelques mois seulement, en effet, le développement du fascisme mexicain a pris un rythme inquiétant. Les premiers à paraître sur la scène ont été les membres de l'Association Révolutionnaire Mexicaine, plus connus sous le nom de Chemises Dorées ; à leur suite, un groupe nationaliste, le Comité Pour la Race, a lancé sur le marché son modèle particulier, les Chemises Vertes des Légions de Défense ; puis sont venus les Mexistes. Tous, à la couleur de chemise près, organisés d'une manière identique, sur un plan militaire, avec des autorités hiérarchisées, au sommet desquelles se pavanent complaisamment des « Chefs Suprêmes » qui, pour plus de sûreté, se sont donné eux-mêmes leur haute investiture.

Qu'il s'agisse d'action ou de doctrine, on retrouve chez ces fascistes de fabrication récente les traits caractéristiques de tous les fascistes du monde. Dans la pratique, le goût pour la violence, surtout lorsqu'elle est sans danger : agressions aux travailleurs avec la protection de la police ; attentats contre des magasins juifs ; menaces accompagnées de demandes d'argent (ce qui s'appelle plus simplement chantage). Dans la théorie, l'habituelle démagogie pseudo-révolutionnaire : déclamations antisémites, alors que les Juifs au Mexique ne vendent guère que des bas de simili-soie dans les rues, mais silence complet sur le vampire nord-américain qui ronge le pays ; déclamations vagues contre les « mauvais Mexicains », mais exhortations à l'union des classes en vue de la grandeur du pays et du bien-être général. Enfin, il est entendu que comme toujours les fascistes « ne font pas de politique » : ils veulent que le gouvernement soit assumé par une commission qui représenterait les diverses activités économiques et serait « au-dessus des partis ». Mais à quoi bon insister sur ce grossier tissu de mensonges qui constitue dans tous les pays le fond de la propagande fasciste ?

Quant au personnel de ces organisations, il est identique, pour sa composition, à celui de tous les fascismes : en haut, des militaires ou des politiciens ratés, tels que l'ancien général Rodriguez, Chef Suprême des chemises dorées, l'ex-député Santa-Anna, l'ex-général et ancien Président de la République Gonzalez Garza ; en bas, de pauvres hères désorientés et ignorants, éblouis par la démagogie de leurs chefs.

Mais plus dangereux encore que le fascisme bruyant, à chemises de couleur et à saluts romains, est le fascisme larvé, le fascisme méconnu qui se présente sous le nom même de socialisme : telle est justement la tendance du gouvernement actuel du Mexique. A la suite des dernières élections, en effet, le candidat officiel, général Cárdenas, doit entrer en décembre à la Présidence, consacrer sa période de gouvernement à la réalisation du Plan de Six Ans. Comme l'a écrit Salazar Mallén, fasciste notoire et grand admirateur de Mussolini, la caractéristique du fascisme est justement de planifier l'économie tout en conservant le régime d'exploitation capitaliste. Le Plan comporte surtout une offensive raisonnée contre les organisations ouvrières : tous les syndicats « minoritaires » (c'est-à-dire révolutionnaires) devront disparaître au profit de syndicats uniques contrôlés par des leaders corrompus à la solde du Parti officiel. S'ajoutant aux mesures déjà existantes (Tribunaux du travail, etc...), cette unification des syndicats tiendra la classe ouvrière mexicaine prisonnière d'un système corporatif destiné à perpétuer la collaboration des classes, c'est-à-dire l'exploitation d'une classe par l'autre. C'est ce qu'on appelle, dans les discours officiels, le « socialisme mexicain ». Quoi qu'il en soit, pour ne pas demeurer en reste, les éléments gouvernementaux ont déjà organisé leurs troupes de choc, les Chemises Rouges.

Le Congrès avait été organisé par le Comité provisoire contre la Guerre impérialiste et le Fascisme, ayant à sa tête le peintre Siqueiros, de la Ligue d'Ecrivains et d'Artistes Révolutionnaires, en vue de former un très large Front Unique. Disons tout de suite que ce résultat a été atteint, En dépit de la désorientation souvent très grande des masses et de la démagogie effrénée dont use le gouvernement, les plus puissantes organisations ouvrières, paysannes et estudiantines, représentant des nuances très diverses de l'opinion révolutionnaire, ont scellé leur accord en un Front dont je détaillerai tout à l'heure les modalités pratiques. On a le regret de devoir noter que des délégués, se prétendant trotskystes, affiliés à une organisation dont le « grand homme » n'est autre que le farceur pseudo-révolutionnaire Diego Rivera, ont prétendu jeter le désordre dans le Congrès, d'abord en mettant les délégués en garde contre les communistes qu'ils accusaient de « manoeuvres », puis en accusant les délégués eux-mêmes de représenter des organisations « fantômes ». Honnêtement, ces deux affirmations étaient fausses. Le Comité national n'était pas et n'est pas une émanation pure et simple du P. C. Certes, celui-ci a beaucoup accru ces derniers temps et au cours même du Congrès son prestige dans la classe ouvrière. Mais c'est justement parer. qu'il a adopté une attitude sans aucun sectarisme, parce qu'il est composé d'éléments jeunes, actifs, travaillant avec un pied dans l'illégalité sous la menace d'une très violente répression (faut-il rappeler que le seul fait d'être reconnu communiste suffit à motiver une déportation sans jugement, par voie administrative ?) ; et aussi parce qu'il a compris une des questions les plus importantes, la question indigène, qui intéresse directement quelque six millions de paysans.

Le centre des discussions du Congrès fut la thèse générale déposée par les camarades Pomar et Siqueiros au nom du Comité national. La thèse insistait d'abord sur les fondements économiques du fascisme mexicain. Tandis que dans les pays déjà fascistes tels que l'Italie ou l'Allemagne, c'est le capital national qui impose sous cette forme sa sanglante dictature, au Mexique la situation est différente. En effet, 53 0/0 de la richesse nationale sont contrôlés par le capital étranger, en majorité américain : 3.616. 195.864 dollars sont investis dans le pays. Il en résulte qu'il n'y a pas au Mexique de bourgeoisie nationale indépendante. Lorsque les fascistes, par suite, se donnent une attitude nationaliste, c'est pure démagogie, car, en réalité, ils ne peuvent faire autrement que de représenter, sous le masque patriotique mexicain, l'impérialisme yankee. C'est ce qui explique que les fascistes, qui dénoncent les petits boutiquiers juifs ou chinois afin d'entraîner derrière eux les petits commerçants, ne fassent jamais une allusion aux exploiteurs yankees, au pétrole, à la culture des bananes, à l'énergie électrique, aux chemins de fer, bref à toutes les sources de richesse qui sont accaparées par le capitalisme étranger. Par contre, dans des affiches placardées dernièrement sur les murs de Mexico, ils reprochaient comme un crime aux communistes d'avoir insulté l'ambassadeur des Etats-Unis, Daniels, alors que ce même Daniels, officier de marine en 1914, présidait, à Veracruz, à l'invasion du sol mexicain !

Certes l'industrie mexicaine se développe, mais elle demeure dans une position subordonnée par rapport à l'économie des Etats-Unis. En effet, c'est avant tout une industrie extractive (métaux, pétroles), dont toute la raison d'être est de fournir les matières premières à la puissante industrie de transformation des voisins du Nord. De cette façon le Mexique demeure un pays semi colonial, à la remorque de Wall-Street et de Washington. Le capital financier, ressort du capitalisme moderne, n'existe pas au Mexique. Aussi, quand les fascistes s'efforcent, de briser le mouvement révolutionnaire du prolétariat, ce n'est pas au profit d'un capitalisme national qui n'a pas de base propre, mais au profit de l'étranger et de l'impérialisme nord-américain.

De là découle le danger de guerre ; le jour où les Etats-Unis devront jouer le grand jeu pour la domination du Pacifique, le Mexique ne sera rien de plus qu'un pion sur l'échiquier de l'impérialisme. Déjà plusieurs événements singuliers ont montré que le sol mexicain est d'ores et déjà désigné comme un champ clos : espionnage japonais sur la côte Pacifique, vol de documents à un diplomate, etc... Aussi le Mexique achète-t-il des bateaux de guerre garde-côtes, grâce à un emprunt garanti par les Etats-Unis. Dans divers ports, Tampico Mazatián, Acapulco, on se livre à des travaux militaires sous la haute direction d'officiers américains. La grande roule dire « panaméricaine », qui traverse le Mexique du Nord au Sud, est poussée rapidement, les travaux sont confiés à une grande société à capitaux américains. On construit de nouveaux chemins de fer stratégiques (Oaxacu à Puerto-Angel).

Enfin, tandis que le gouvernement prépare le matériel, le fascisme va essayer de préparer les hommes. Une tentative récente pour instaurer le service militaire obligatoire a échoué devant la résistance générale, mais le danger demeure. Les fascistes cherchent à militariser la jeunesse, à tromper le prolétariat pour entraîner le cas échéant à la guerre, et ils sont aidés dans cette tâche par les leaders syndicaux qui gravitent autour du gouvernement.

La thèse générale prenait fin sur un appel ardent au Front Unique et préconisait la formation immédiate de gardes antifascistes.

Cette thèse correspondait surtout à un travail d'information, nécessaire pour faire pénétrer dans les recoins les plus éloignés du pays, des notions exactes sur le fascisme, de démasquer sa démagogie. Ensuite c'était le tour des délégués, qui devaient informer le congrès des conditions particulières de lutte qui existent dans chaque région. Rien de plus intéressant et de plus utile que ce second travail qui fit défiler sous les yeux des assistants, en quelques heures, tout le panorama du Mexique ouvrier et paysan, misérablement exploité en dépit des promesses « révolutionnaires ». Des villes industrielles, venait le cri des ouvriers trompés par leurs leaders, arrêtés arbitrairement et même déportés pour avoir osé réclamer le salaire minimum promis par le Président de la République ; les délégués dévoilaient toutes les manoeuvres indignes dont les prétendus tribunaux de « Conciliation » entre le capital et le travail les rendent victimes. Des campagnes venaient les délégués paysans, dire l'anéantissement des espoirs nés de la Révolution, tenant dans leurs mains brunes d'Indiens d'interminables listes de camarades assassinés. Un indigène fit un discours en aztèque, un autre en otomi, pour signifier l'attachement des plus anciennes races du pays la révolution prolétarienne qui seule saura les émanciper après des siècles d'exploitation impitoyable.

La question indigène, précisément, fut traitée au Congrès dans toute son ampleur. Le camarade Guerra, en exposant les thèses du Parti communiste, fit voir qu'il ne fallait pas seulement exiger pour les races indigènes des revendications économiques, mais encore des revendications culturelles et politiques. Autrement dit, il faut poser le problème comme celui de nationalités opprimées. Les communautés indigènes (il y en a plus de 40 importantes) doivent pouvoir se gouverner elles-mêmes et conserver leur langage, au lieu qu'actuellement la connaissance imparfaite de l'espagnol livre les Indiens à toutes sortes de tromperies et d'exactions (je ne citerai que pour mémoire le cas des Indiens Chamulas du Chiapas, que l'on embauche de force dans les plantations de café, après les avoir fait reconnaître des dettes envers leurs employeurs). La position communiste sur la question indigène a été acceptée par le Congrès, et les représentants des communautés indiennes vinrent exprimer leur confiance entière au Front Unique.

Je dois passer rapidement sur la question des revendications ouvrières immédiates, qui a pourtant été traitée autant que la hâte le permettait. Ces revendications concernaient surtout les mesures annoncées de fascistisation des syndicats par la dissolution des syndicats dits « minoritaires ». Jointes à l'arbitrage obligatoire et à la clause d'exclusion (1), ces mesures livrent entièrement le prolétariat mexicain au gouvernement, par l'intermédiaire de chefs syndicaux corrompus, millionnaires, encadrés par le Parti officiel qui distribue les honneurs et les prébendes. Une des tâches principales du Front Unique doit être la lutte décidée contre ces mesures Fascistes et contre les leaders qui les appuient.

Enfin un des secteurs importants représentés au Congrès était celui des Jeunes et des Etudiants. La jeunesse universitaire est sans doute très souvent désorientée. A l'université de Mexico, une démagogie effrénée se donne libre cours ; le moins que l'on puisse dire, c'est que souvent une agitation complètement stérile détourne les étudiants de considérer les véritables problèmes. A San Luis Potosi, lors du dernier Congrès des Etudiants, les efforts de quelques-uns n'ont pu amener la majorité à se prononcer contre le fascisme, et le Congrès prétendu « Socialiste » de Villahermosa n'a fait qu'aggraver la confusion, en versant à flots un socialisme frelaté, tandis que les Chemises Rouges gouvernementales se ruaient sur la minorité rebelle à cette rhétorique. Le devoir impérieux des étudiants est donc d'éclairer leurs camarades, et c'est à quoi s'emploie la F.E.R. (Fédération des Etudiants Révolutionnaires). Les bases de sa propagande furent exposées au Congrès : il s'agit avant tout de mettre en garde la jeunesse mexicaine contre le côté théâtral du fascisme, qui lui vaut l'admiration de tant de jeunes gens éblouis. Il faut montrer, derrière ce brillant décor, la situation misérable de la jeunesse dans tous les pays où le fascisme a triomphé ou est en voie de le faire. En Amérique latine sévit la répression la plus dure contre les jeunes qui luttent contre la guerre et le fascisme ; c'est le cas de l'étudiant Mendoza, fusillé en Bolivie pour propagande antiguerrière. Au Mexique, c'est l'étudiant Revueltas, déporté sans jugement aux îles Maries, jeté au bagne avec les criminels endurcis, traité si brutalement qu'on lui brise une mâchoire à coups de crosse de fusil, et cela pour avoir appuyé les revendications des ouvriers du Nuevo-Léon. C'est l'étudiant Herrera, déporté lui aussi pour avoir collaboré à la grève des ouvriers du pétrole.

Vers la fin du Congrès, il était indispensable de préciser l'idéologie qui s'en était dégagée. Encore trop de rhétorique, trop de vague, dit le camarade Siqueiros dans son auto-critique, s'étaient montrés au cours du Congrès. Mais tout au moins une chose s'est éclairée complètement aux yeux des délégués, qui à leur tour ouvriront les yeux des masses : c'est que le fascisme et la guerre ne sont pas des phénomènes fortuits, résultats du hasard, mais découlent tous les deux nécessairement du régime capitaliste. Le fascisme n'est que la phase à laquelle tend actuellement le capitalisme, désespérant de résoudre ses contradictions, exactement comme la prétendue démocratie bourgeoise était la phase précédente du capitalisme. Ce n'est donc pas un chimérique retour en arrière vers la démocratie bourgeoise que l'on peut répondre au fascisme, mais en marchant en avant, vers la victoire dans la lutte des classes, vers la dictature du prolétariat. Et cette victoire ne peut être obtenue que si tous les secteurs du prolétariat, sourds à la démagogie des officiels, demeurent étroitement solidaires au sein du Front Unique. Telles sont les leçons du Congrès, répandues maintenant par tout le Mexique grâce aux délégués des villes et des champs.

Mais le Congrès n'aura pas laissé que des idées claires et une ligne d'action. Plus importante encore est l'organisation concrète dont les bases ont été jetées avant la séparation des congressistes. Cette organisation est la Ligue Nationale contre le fascisme et la guerre impérialiste. A la base, dans chaque localité, des comités de Front Unique comportant des délégués de toutes les organisations ouvrières, paysannes ou estudiantiles adhérées. A Mexico, un bureau ou Comité exécutif, et un Conseil National comprenant les délégués des organisations de base. Ce schéma, sorti des discussions mêmes du Congrès, a été adopté par l'unanimité des organisations, et le bureau a été élu. Il comporte un Président (David A. Siqueiros), un secrétaire général (de la Ligue Antiimpérialiste), un secrétaire à l'organisation (Syndicat des Chemins de Fer), un secrétaire à l'agitation et propagande (Typographes), un trésorier (Confédération Nationale des Etudiants), un représentant de la jeunesse (F.E.R.) et un représentant féminin (Femmes ouvrières et paysannes). Quant aux gardes antifascistes (dont les premiers éléments ont déjà donné la preuve de leur efficacité en expulsant du Congrès quelques provocateurs fascistes), elles doivent être organisées dans tout le pays, sur un plan arrêté par le Congrès, en faisant appel aux divers éléments du Front Unique et avec un caractère semi-militaire. Il est en effet indispensable de résister aux agressions fascistes en leur opposant de véritables troupes solides et aguerries, dont la seule existence fait réfléchir les sbires à chemises dorées ou vertes : la preuve en est qu'ils ont déjà jugé han de remettre une de leurs manifestations, la Ligue ayant annoncé qu'elle ne laisserait pas aux fascistes le pavé de Mexico.

Avec le Premier Congrès National, la lutte est engagée. D'ores et déjà ceux qui ont décidé de résister au fascisme montant possèdent un énorme avantage : ils sont unis. Mais cette première victoire oblige à un plus lourd devoir. Toutes les forces jointes ne seront pas de trop pour briser l'assaut Fasciste, derrière lequel se devine l'odieuse avidité yankee. C'est en réalité une double partie qui se joue : l'instauration du fascisme au Mexique ne signifierait pas seulement la misère accrue et l'exploitation renforcée pour les travailleurs, mais encore une énorme aggravation de la tyrannie nord-américaine sur tout le continent. lei la libération sociale va de pair avec la libération nationale ; à travers les fantoches à chemises jaunes ou vertes, c'est contre Wall-Street, la grande banque et les grands trusts que les révolutionnaires mexicains ont à lutter, et c'est dans ce nouvel effort que doit les suivre la sympathie de tous les travailleurs du monde.

Jean DURIEZ.
Mexico, septembre 1934.

P.-S. — La section mexicaine du S.R.I. et toutes les organisations ouvrières ont entrepris une campagne pour libérer les déportés des îles Maries. Déjà un des camarades, Carlock, a été mis en liberté. Que, dans tous les pays, l'on n'oublie pas d'ajouter à la liste des victimes du fascisme le nom de Revueltas et les autres déportés. Que la protestation mexicaine rencontre un écho chez tous les travailleurs de tous les pays !

(1) On appelle clause d'exclusion une stipulation des contrats collectifs de travail, qui oblige l'entreprise à ne donner le travail qu'à des ouvriers appartenant au syndicat qui signe le contrat.