vendredi 29 décembre 2017

Une nécessité vitale : l'axe fluvial mer du Nord-Méditerranée



UNE NECESSITE VITALE : L'AXE FLUVIAL MER DU NORD-MEDITERRANEE

Par J. SOUSTELLE (*)

[Le Monde, 28 juin 1972]

Entre la mer du Nord et la Méditerranée, cette "petite péninsule de l'Asie" qu'est notre Europe occidentale se rétrécit, se contracte. Elle se ramène en fait à un isthme entre la mer intérieure ensoleillée qui porte sur ses rives et ses vagues tant de hautes civilisations - elle renferme aujourd'hui, entre autres, le pétrole de l'Orient - et la mer embrumée qui borde le Benelux, l'Allemagne, l'Angleterre, pour conduire à l'Atlantique.

Cet isthme, certes, est vaste : un millier de kilomètres de Rotterdam à Marseille. Mais, à l'échelle de notre temps, et si on compare cette distance à celles qui séparent, par exemple, les zones de haut développement économique des deux côtes américaines, ou la Russie occidentale des centres industriels de Sibérie, c'est encore peu de chose. Et cet axe Nord-sud est d'ores et déjà fortement équipé en chemins de fer, en routes, en pipe-lines, en lignes de télex et de téléphone. La nature, enfin, y a creusé deux sillons, celui du Rhin, de Bâle à Rotterdam, celui du Rhône, de Lyon à Marseille.

Le transport fluvial, chacun le sait, est de beaucoup le plus économique et le plus efficace pour de nombreuses catégories de marchandises, à condition qu'il s'effectue sans rupture de charge par le moyen de convois modernes, c'est-à-dire de convois poussés comportant des bateaux de 3 000 tonnes au "gabarit européen".

C'est une véritable avenue royale que des millénaires de phénomènes géologiques ont ouverte à travers le continent. Aménagée comme il se doit, elle relierait les centres de production les plus actifs, les plus dynamiques de l'Europe occidentale : au nord, le "triangle lourd" belge, hollandais et allemand, Anvers, Rotterdam, la Ruhr ; au centre, la Lorraine et l'Alsace ; au sud, Lyon et la région Rhône-Alpes, Marseille, aujourd'hui l'industrie pétrolière de Berre, demain la sidérurgie de Fos.

Ajoutons à cela que cette avenue nord-sud débouche, par les ports belges et hollandais, sur le monde atlantique ; par l'Allemagne et le canal Rhin-Danube en construction, vers l'Europe centrale ; par Bâle, sur la Suisse ; par Marseille et Sète, sur la Méditerranée, l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient.

Comment ne pas voir que la réalisation de cet axe fluvial est une condition sine qua non de la prospérité européenne en général, et en particulier de celle de la France du Sud-Est ? Comment ne pas redouter qu'à tergiverser et à rater l'occasion historique qui nous est offerte nous ne laissions le versant méditerranéen de notre pays devenir marginal par rapport aux grands centres européens, décliner en une sorte de "mezzogiorno" du continent ?

Or, quel contraste entre l'activité qui règne sur le Rhin, chargé sans interruption d'innombrables convois battant pavillon de toutes les nations occidentales, et la faiblesse du trafic fluvial sur le Rhône. Cent quinze millions de tonnes par an sur le premier, trois millions sur le second.

C'est d'abord que l'aménagement du Rhône entre Lyon et Marseille n'est pas terminé. Deux coupures subsistent : l'une au nord d'Avignon, l'autre au sud de Givors. On ne prévoit qu'en 1978 l'achèvement des travaux indispensables.

Ensuite, de la Saône, qui prolonge le Rhône jusqu'au Rhin, la liaison n'est établie que par des canaux désuets, folkloriques, incapables de s'ouvrir au trafic moderne : pour atteindre Strasbourg, on doit franchir cent soixante-quatre écluses sur 328 kilomètres ; pour arriver à Nancy, cent quarante-quatre écluses sur 359 kilomètres. Ainsi le vide qui sépare encore les deux grands fleuves n'est pas comblé : ce qui est grave c'est qu'il n'existe même pas de calendrier prévu pour mettre fin à cette carence qui stérilise la voie fluviale essentielle de l'Europe.

Pour ce qui concerne l'axe Lyon-Marseille, il n'est que juste de reconnaître que la Compagnie nationale du Rhône a fait de son mieux. Mais elle a été trop longtemps confinée par les planificateurs d'Etat dans le rôle de fournisseur d'électricité à bon marché : les bureaux, agents du centralisme traditionnel, ont sacrifié l'intérêt des régions méridionales à celui de l'industrie parisienne. Il est évident que si des pouvoirs de décision décentralisés avaient existé, la liaison fluviale entre Lyon et Marseille serait déjà réalisée ; elle aurait pour premier résultat d'abaisser de 60 % le coût du transport entre les deux villes. En outre 300 000 hectares de zones industrielles déjà reconnues et préparées tout au long du fleuve n'attendent pour fonctionner que l'ouverture de celui-ci de bout en bout.

Plus préoccupant encore s'avère le problème de la liaison du Rhône au Rhin. Qu'il faille relier les deux "grands deltas" de l'Europe, celui du Nord et celui du Sud, c'est l'évidence. Lancer l'énorme opération de Fos sans aménager les communications de ce centre méridional avec celui du Benelux et de l'Allemagne, c'est s'exposer à de sérieux mécomptes. Mais, là encore, les bureaux parisiens n'en font qu'à leur tête et se soucient bien peu des études, des travaux et des cris d'alarme des élus ou des experts régionaux.

Réaliser dans les délais les plus brefs l'axe mer du Nord-Méditerranée par le Rhône et le Rhin apparaît donc aujourd'hui comme une nécessité vitale. Cet objectif devrait bénéficier de la priorité la plus élevée dans les plans et les investissements de l'Etat, puisque les régions, dans le cadre actuel, n'ont guère voix au chapitre. Il est urgent qu'en prennent conscience les responsables de l'aménagement du territoire et de l'équipement du pays : ce n'est pas seulement le sort de nos régions rhodaniennes et méditerranéennes qui est en jeu, mais celui du développement équilibré de notre économie et de notre rôle dans l'Europe de demain.

(*) Ancien ministre, conseiller municipal de Lyon.

jeudi 16 novembre 2017

Les populations des Antilles (1938)



Les populations des Antilles

[Les Cahiers de Radio-Paris, n° 1, 9e année, 15 janvier 1938, p. 162-167]

LES Antilles et la Guyane font partie de la France : depuis si longtemps que bien des Français les ont presque oubliées. A-t-on besoin de se rappeler à tout instant que le Poitou ou le Morvan sont français ? Ces vieilles colonies, comme on les nomme à juste titre, sont entrées dans le patrimoine de l'Etat français avant l'Alsace, la Corse, la Savoie et Nice. Bien que ce ne soit pas là mon propos, je ne puis passer sous silence la grande aventure de la découverte. C'est en 1495 que Christophe Colomb touche la Guadeloupe, que ses habitants indiens appelaient Karukera, l'île aux belles eaux. C'est en 1502 qu'il atteint la Martinique. Son pilote, Yañez Pinzon découvre la Guyane en 1500. Connues, donc, des Européens avant les merveilleux empires du Mexique et du Pérou, ces terres ne furent peuplées par eux qu'assez longtemps après. Un Français, d'Esnambuc, s'installe en 1625 dans l'île Saint-Christophe et c'est en 1635 qu'il fonde Saint-Pierre de la Martinique. Un autre, La Touche de la Ravardière, débarque dans l'île de Cayenne au début du XVIIe siècle, mais la Guyane ne sera vraiment occupée qu'en 1676, lorsque d'Estrées la reconquiert sur les Hollandais.

Les guerres de l'Ancien Régime, de la Révolution et de l'Empire secouent durement ces belles contrées tropicales. Pendant plus de deux siècles, le canon fait trembler l'air tiède des îles, et les flottes de combat s'affrontent sur la mer des Caraïbes. Quand vient l'accalmie, après la chute de Napoléon, les territoires français de l'Amérique tropicale et équatoriale sont ramenés à ce qu'ils sont encore aujourd'hui : la Guadeloupe et la Martinique avec leurs dépendances, notamment Marie-Galante, et, pour le continent, la Guyane.

Mais plus importante que les guerres est la profonde évolution sociale de ces pays. Amenés en grand nombre d'Afrique, les esclaves noirs qui forment dès le XVIIIe siècle la majorité de la population sont proclamés libres sous la Grande Révolution. L'Empire les rejette à la servitude. En 1848, l'Assemblée Nationale de la Seconde République, se rendant à l'ardent plaidoyer de Schoelcher — ce Schoelcher dont les pavillons antillais, à l'Exposition, abritaient la statue — abolit à jamais l'esclavage. Depuis lors, les Antilles et la Guyane ne sont pas autre chose que des provinces lointaines, dont les habitants jouissent des mêmes droits que ceux de la Métropole, et dont les représentants siègent au Parlement. Qu'y a-t-il là d'étonnant ? dira-t-on. Rien, peut-être, si ce n'est que cette population est en majorité de couleur, qu'elle était, il y a moins d'un siècle, soumise à l'esclavage, et il y a là, on en conviendra, en un moment où d'intolérantes doctrines raciales agitent le monde, un fait et un exemple qui ne doivent pas rester inaperçus.

C'est de cette population que je veux maintenant vous dire quelques mots, en ethnologue, c'est-à-dire en m'attachant exclusivement aux problèmes humains, aux problèmes de peuplement et de culture.

A l'arrivée des Européens, les îles étaient peuplées d'Indiens appartenant à deux grands groupes ethniques distincts : les Arawak ou Taïno, les Caraïbes ou Karib. Les uns et les autres venaient du continent, de cette jungle amazonienne et guyanaise qui semble avoir été un véritable réservoir d'hommes. Dans les Grandes Antilles, Cuba, la Jamaïque, Saint-Domingue, Porto-Rico, les Arawak dominaient encore, en butte à l'hostilité constante des Karib. Ceux-ci, qui leur avaient déjà ravi les Petites Antilles, les refoulaient sans cesse vers le nord-ouest ; hardis navigateurs, ils franchissaient les bras de mer souvent agités de cyclones, sur leurs légères pirogues, débarquaient à l'improviste chez leurs voisins, pillaient et razziaient, puis s'en retournaient avec des captifs et des captives. Les prisonniers étaient généralement sacrifiés et mangés, au cours de vastes festins, tandis que les femmes demeuraient au pouvoir des vainqueurs. Aussi, lorsque les Européens débarquèrent, furent-ils très étonnés de constater que la plupart des femmes ne parlaient pas la même langue que leurs maris ; captives depuis peu, elles n'avaient pas encore appris le langage de leurs nouveaux maîtres.

Il ne faudrait pourtant pas croire que ces Indiens, barbares d'un certain point de vue, aient été de simples sauvages. Habiles chasseurs et pêcheurs, ils connaissaient également l'agriculture ; ils cultivaient le manioc, le maïs, des plantes à fruits comme l'ananas, le coton que les femmes filaient et tissaient, et enfin le tabac. Notre mot « tabac » dérive même du mot indigène « tabaco » qui désignait, non la plante, mais une sorte de pipe dont l'extrémité fourchue s'insérait dans les narines du fumeur. Enfin ces Indiens pratiquaient la métallurgie, ou plutôt l'orfèvrerie. Les chefs portaient des ornements ou insignes en un alliage d'or et de cuivre qu'on appelait « caracoli ». Les villages étaient propres et aérés. Dans la grande maison commune, le carbet, semblable à une nef d'église, les hamacs de coton se balançaient au-dessus de feux dont la fumée écartait les moustiques ; les jours de fête, les hommes enduits de peinture rouge dansaient rituellement en absorbant d'énormes quantités de bière de manioc.

Les moeurs des Indiens guyanais, qui appartenaient pour la plupart à la famille Karib, étaient très analogues à celles des insulaires. L'orfèvrerie était chez eux en grand honneur, et de là naquit la fameuse légende de l'El Dorado, ce pays de rêve où les maisons mêmes sont en or pur, et que l'on situait quelque part au bord d'un grand lac, dans la haute Guyane. Légende si tentatrice, si attirante que plus d'un aventurier a trouvé la mort en s'enfonçant dans les grands bois à la recherche de la ville merveilleuse.

Ces Indiens, que sont-ils devenus ? Aux Antilles, ils ont disparu presque complètement, tantôt décimés au cours de rudes combats avec les blancs, tantôt absorbés pacifiquement par les métissages ; il n'en reste plus que quelques centaines, fortement croisés de sang noir, dans l'île anglaise de la Dominique. En Guyane, les tribus indiennes se sont retirées devant les intrus, en remontant les fleuves et en pénétrant de plus en plus profondément dans l'intérieur. Les Emerillons, les Roucouyennes, les Galibis vivent maintenant par petits groupes, au nombre de quelques milliers, principalement sur le haut Maroni et ses affluents. De loin en loin, ils entrent en rapport avec quelques chercheurs d'or ou de bois précieux, mais on peut dire que, dans l'ensemble, ils mènent le même genre de vie qu'avant la découverte de l'Amérique. Ils pêchent, ils chassent, ils cultivent leur manioc, ils célèbrent leurs fêtes religieuses comme par le passé, et ils disparaissent, aussi, lentement, de sorte qu'un jour la grande forêt guyanaise n'abritera plus les carbets de ceux qui l'ont peuplée pendant de longs siècles.

Après les Indiens, vinrent les Blancs, qui amenèrent les Noirs. Chose étrange, si l'on y songe, que cette transplantation des Africains en Amérique, transplantation réussie s'il en fut. Aujourd'hui, le sang africain teinte l'immense majorité de la population antillo-guyanaise. En Guyane, un phénomène encore plus étonnant s'est produit : des esclaves noirs évadés, ce que l'on appelait là-bas des « esclaves marrons », se sont réfugiés dans les forêts, où ils ont fait souche, formant des tribus nouvelles, des tribus africaines sur la terre américaine. Après l'abolition de l'esclavage, n'ayant plus à se défendre contre leurs anciens maîtres, les noirs, les Boni ou Bosch, sont devenus indispensables à la vie économique de la Guyane : indispensables et plus d'une fois gênants, comme tous ceux qui détiennent un monopole. En effet, les Boni possèdent véritablement un monopole, celui de la navigation sur les fleuves de l'intérieur. Navigation périlleuse, sur ces rivières coupées de sauts et de rapides, que seuls peuvent affronter des pilotes émérites et hardis comme le sont ces noirs, véritables virtuoses de la pagaie et de la perche sur leurs frêles pirogues. Pas un kilo de marchandise ne s'achemine vers l'intérieur sans leur paver son tribut, et bien heureux encore le chercheur d'or, l'ingénieur ou le savant qui ne voit pas des heures ou des journées passer au débarcadère, au « dégrad », en interminables palabres au milieu des ballots épars, sous le lourd soleil guyanais.

Sur les rivières, les villages et les dégrads s'échelonnent, de la côte vers l'intérieur, dans un ordre très significatif. Au bord de la mer ou non loin, les communes guyanaises qui ont rang de villes ou de villages : Cayenne, Saint-Laurent du Maroni, Sinnamary, etc... Puis les petits hameaux créoles ; puis les villages noirs, chacun d'eux étant le centre d'une tribu de bateliers qui obéit à un chef, le Grand Man. Ensuite, il y a encore quelques dégrads créoles, ceux des placers d'or aux noms évocateurs : Espoir, Tard Venu, Enfin. En dernier lieu, sur le cours supérieur des rivières, à l'abri des rapides et des chutes, les villages indiens. Les Indiens se tiennent toujours en amont, parce qu'ils ne voudraient pas d'une eau souillée par des étrangers.

Blancs, Noirs, Indiens ; ajoutons-y les Asiatiques, coolies hindous en particulier. Il a fallu tout cela pour produire un type humain nouveau, le créole. Dans les anciennes colonies espagnoles, le mot « créole » désigne les Blancs nés en Amérique. Dans nos colonies, au contraire, il s'applique aux métis. Cette population créole constitue l'essentiel de l'Amérique française : c'est une population avant tout rurale, adonnée aussi à la recherche de l'or, en Guyane, depuis que le créole Paolino, en 1855. a découvert le premier gisement. Compte tenu du climat et du pays, sa vie n'est pas très différente de celle de nos paysans. Quelle que soit la couleur de sa peau, le créole ne parle que le français, ou ce patois créole qui ne diffère pas plus du français que le provençal, et qui en diffère moins que le breton ou le basque. Il n'y a pas pour lui d'autre idéal culturel que celui de notre pays, et, comme chez nous, ceux qu'on appelle les « bons sujets » passent de l'école au lycée, aux grandes Ecoles de Paris, entrent dans l'enseignement, au barreau, dans la politique, même au gouvernement. Pourquoi une assimilation si complète ? C'est que les éléments de base de ces populations ont été, si je puis me permettre ce mot, « décivilisés » ; l'esclavage a rompu tout contact entre les Noirs et leur culture originelle. Lorsque la deuxième République a fait d'eux des hommes libres, ils sont repartis de zéro, du néant de l'esclavage, sans un héritage qui aurait pu être riche, mais aussi lourd à porter. C'est donc un peuple jeune, presque sans passé, qui n'a pas eu à se préoccuper d'adapter le moderne à l'ancien, de verser le vin nouveau dans de vieilles outres. Il n'a eu qu'à rejoindre, en quelques décades, le reste de la famille. Les Antilles et la Guyane ont pris place dans la province ; si on les appelle colonies, c'est par habitude, car leurs problèmes ne sont plus des problèmes spécifiquement coloniaux, c'est-à-dire des problèmes de race et de civilisation, mais des problèmes sociaux et économiques analogues à ceux d'ici.

Je voudrais, en terminant, indiquer pourquoi ces territoires français d'Amérique me paraissent d'un intérêt tout particulier pour la science de l'homme, pour l'ethnologie. L'histoire en a fait de véritables laboratoires, des champs d'expérience sur les hommes. Les races les plus diverses s'y sont implantées et y ont prospéré, des fugitifs y ont créé des tribus nouvelles, un type humain particulier y est né ; des vestiges de civilisations anciennes y demeurent, comme les gravures Karib des rochers guadeloupéens ou les outils de pierre que découvrent les fouilles, et une civilisation moderne, la nôtre, a pu prendre racine dans ce sol lointain. L'Amérique, l'Afrique, l'Europe, même l'Asie, ont fourni des éléments aux races et aux cultures antillo-guyanaises. Si, comme on a des raisons de l'espérer, des recherches méthodiques sont entreprises dans ces régions, notre connaissance de l'homme ne manquera pas d'en être enrichie, car, de plus en plus, nous croyons que l'histoire humaine progresse par les contacts, les emprunts, les mélanges, les réactions des peuples les uns sur les autres, non par l'isolement stérile dans un idéal chimérique de pureté raciale ou culturelle. Arracher au sol des Iles et au Continent les secrets du passé ; observer les derniers vestiges des peuples indiens et peut-être en déduire des moyens pratiques de s'opposer à leur disparition totale ; étudier les Noirs transplantés d'Afrique jusqu'aux mornes antillais et aux fleuves de Guyane ; reconstituer enfin l'étonnante chimie humaine qui a donné naissance au créole, avec ses caractéristiques physiques, mentales et culturelles, tels sont les points essentiels d'un programme de recherches dont les résultats récompenseraient largement ceux qui le mèneraient à bien.

J. SOUSTELLE.