mardi 6 novembre 2012

Déclaration à Radio-Algérie (26 janvier 1956)



[Déclaration de Jacques Soustelle à Radio-Algérie, 26 janvier 1956, texte reproduit dans Aimée et souffrante Algérie, Paris, Plon, 1956, p. 277-278]

Ce soir, c'est à mes concitoyens musulmans d'Algérie que je m'adresse plus particulièrement. Je veux leur parler du grand drame de leurs écoles.

Car ce sont leurs écoles qui sont détruites, nuit après nuit, par les terroristes. Ce sont les écoles du bled et de la montagne où n'allaient pas de petits Européens. Ce sont les écoles des petits Kabyles, des petits Arabes que l'on brûle.

Toutes les fois qu'au détour des routes de Kabylie, de l'Aurès, du Constantinois, depuis un an, j'ai pu causer quelques minutes avec les membres d'une djemaâ, avec les notables et les fellahs, toujours ils m'ont demandé davantage de classes, davantage d'instituteurs et davantage d'écoles.

Cent fois j'ai été saisi d'une émotion profonde en entendant des hommes très pauvres, accablés de soucis matériels, me montrer qu'avant toute autre chose ils veulent davantage d'instruction, davantage de lumière pour leurs enfants. Le peuple algérien a compris que son ascension et son progrès ont pour condition nécessaire le développement de ses connaissances. C'est pourquoi il n'a pas cessé de demander encore plus d'écoles, et chaque fois que dans un douar lointain une école a été bâtie, cela a été une victoire, une victoire pacifique du progrès humain, une victoire commune de tous les Français d'Algérie, Européens ou Musulmans, contre l'ennemi commun qui est l'ignorance.

La Métropole a largement contribué à rendre possible la construction des écoles. Cette année, notre plan a doublé les prévisions de l'an passé. Chaque fois qu'une école s'élève en Algérie, n'oubliez pas que des Français de France, des ouvriers de Lille, des paysans de Bourgogne, des commerçants de Lyon, des professeurs de Paris, ont apporté leur obole. C'est cela la solidarité nationale qui nous unit tous sans distinction d'origine.

Voici qu'aujourd'hui, systématiquement, les terroristes brûlent ces écoles qui étaient le témoignage et le symbole de la culture, de l'entente et de la paix. Comment pourraient-ils prétendre agir au nom ou dans l'intérêt du peuple musulman ? Ce peuple veut accéder au savoir pour vivre mieux ; eux veulent l'obliger à croupir dans l'ignorance. Ce peuple veut la paix dans la concorde, eux veulent la guerre, sans issue, sans autre résultat que de semer la ruine et la mort.

Mes chers concitoyens musulmans, ces gens qui détruisent les écoles ne vous apporteront pas le bonheur. Ils sont bien incapables de vous aider à améliorer votre existence de tous les jours. Ils ne savent que démolir et incendier.

Nous avons beaucoup de choses à faire ensemble pour que la vie devienne meilleure en Algérie pour tous, et d'abord pour vous. Nous avons à réaliser ensemble ce que la France a toujours voulu : l'égalité des droits et des devoirs entre tous ses fils, sans aucune discrimination fondée sur l'origine des hommes, conformément à l'esprit et à la tradition de la République.

Tout cela est difficile, certes, mais c'est le salut de l'Algérie qui commande. Si tous les hommes de bonne volonté qu'il y a dans ce pays, tous les hommes raisonnables, consentent à unir leurs efforts malgré les destructeurs et les violents, alors nous ferons triompher la justice dans la confiance et dans l'amitié.