samedi 8 décembre 2012

Déclaration radiodiffusée sur l'entrée en guerre du Mexique (1942)



[Déclaration de Jacques Soustelle à la BBC, 22 mai 1942]

Le Mexique vient d'entrer en guerre contre l'Axe. Pour ceux qui seraient tentés de méconnaître l'importance de cette nouvelle, voici en quelques mots ce qu'elle signifie. Elle signifie d'abord la ruine de la cinquième colonne en Amérique. Le plan d'espionnage et de sabotage du Reich contre les Etats-Unis est frappé à mort, parce que la base de toute cette besogne devait être le Mexique. Déjà pendant l'autre guerre, l'Allemagne avait voulu transformer le territoire mexicain en une place d'armes contre les Américains. Dans la Seconde Guerre mondiale, et dès le début, la Gestapo, les services d'espionnage et de propagande du Reich hitlérien ont dépêché au Mexique leurs agents les plus zélés et les plus habiles. A l'abri de la neutralité, ils ont dépensé des millions et travaillé à faire du Mexique une base d'action clandestine pour les nazis de l'Amérique du Nord. Leur propagande, dirigée par Arthur Dietrich, rongeait les consciences ; l'espionnage où se distinguait le neveu de von Papen... Et voici le fait étonnant et réconfortant : toute cette machine de corruption et de guerre secrète s'est effondrée. Le Mexique a réagi à temps et avec l'énergie nécessaire, et dès maintenant, dans un camp de concentration de l'Etat de Veracruz, les espions du Reich sont en train de réfléchir sur l'instabilité des choses de ce monde. Le Mexique ne sera pas le repaire des saboteurs ; la porte de derrière des Etats-Unis est solidement verrouillée.

Mais ce n'est pas tout. Le Mexique — qui, soit dit en passant, est grand quatre fois comme la France, c'est une source inépuisable de matières premières, de pétrole surtout. L'étain, le tungstène, le mercure, tous les minerais nécessaires à la guerre abondent dans le sol mexicain. Et c'est aussi du coton, des céréales, du caoutchouc, que la République mexicaine apportera à l'effort des Alliés, sans parler de sa flotte de navires pétroliers, des bases aériennes et navales de son territoire, et d'une armée petite mais bien instruite qui saurait le cas échéant défendre son pays.

Nous, Français, ne devons pas oublier que les Mexicains aiment profondément la France et que leurs sympathies et leur enthousiasme vont à la France libre. Chaque espion nazi mis hors d'état de nuire, chaque goutte de pétrole mexicain dans les moteurs des avions et des tanks alliés, c'est un coup de pioche dans les murailles de la Bastille où Hitler et ses complices ont enfermé le peuple français. Merci et bonne chance au Mexique, pays d'hommes libres et nobles, toujours ami, aujourd'hui allié.