mercredi 3 avril 2013

Déclaration au nom de Progrès et Liberté (18 juillet 1972)



PARIS, le 18 Juillet 1972

DECLARATION DE M. Jacques SOUSTELLE
Président DE "PROGRES ET LIBERTE"

La formation d'un nouveau gouvernement et la signature du pacte socialo-communiste, motivées l'une et l'autre par la préparation des élections législatives, n'apportent ni l'une ni l'autre aucune ébauche de solution aux problèmes réels qui préoccupent l'opinion.

Ces problèmes sont notamment ceux que posent la poursuite de l'expansion, l'équipement économique et social du pays, la lutte contre l'inflation et la hausse des prix, une plus juste répartition des ressources et des charges, la sauvegarde des libertés, la construction de l'Europe, le maintien de la paix.

A qui fera-t-on croire qu'ils puissent être résolus par le sectarisme partisan qui se durcit autour d'une prétendue "orthodoxie", ou par la démagogie électorale qui feint d'unir, le temps d'un scrutin, les adeptes de l'Etat totalitaire et les démocrates d'inspiration socialiste ?

A une France vivante et jeune qui veut travailler et grandir dans la liberté, quelles perspectives ouvre-t-on ? Ou bien la morne continuation d'un passé entaché de gaspillages, parfois même d'affairisme, ou bien l'aventure dans laquelle une expérience communisante précipiterait le pays en ruinant son économie. Alors que s'impose un effort d'imagination et de renouveau, l'U. D. R. et le parti communiste, rivaux dans la course au pouvoir mais étrangement complices quant aux grandes options de politique extérieure, n'ont à offrir que des slogans usés et des thèmes de propagande irréels.

En s'efforçant de polariser la vie politique française et d'éliminer tout ce qui n'est pas assujetti à l'un ou à l'autre des deux conformismes opposés, les ultras de l'U. D. R. et les doctrinaires marxistes mettent en danger la démocratie elle-même.

Tandis que les fautes de l'U. D. R. font le jeu du communisme en rejetant vers lui les mécontents, la menace du communisme sert d'épouvantail et d'alibi à l'U. D. R. Se renforçant mutuellement, les deux extrêmes tendent à déchirer le pays comme s'il n'existait pas d'autre issue que la domination de l'un ou de l'autre.

On feint d'oublier que, le 15 Juin 1969, près de huit millions de voix, soit plus de 42 % des suffrages, s'étaient portés sur le candidat centriste à la Présidence de la République. Il est évident, d'autre part, que la majorité qui a élu l'actuel Président ne s'identifie pas au seul électorat de l'U. D. R.

Les Françaises et les Français qui rejettent les extrêmes représentent incontestablement une force réelle dans notre pays. D'où vient alors que leur voix ne se fasse que faiblement entendre ?

Il y a, certes, le système électoral qui favorise abusivement l'actuelle majorité. Il y a aussi le mauvais vouloir et l'obstruction systématique dont les moyens officiels de radiodiffusion font preuve à l'égard de l'opposition non-communiste. Mais l'essentiel n'est pas là. C'est la division des formations démocratiques et nationales qui explique leur affaiblissement.

Cette division n'est pas justifiée par des divergences idéologiques, car les prises de position de ces mouvements sont très voisines sinon identiques. Elle est encore moins admissible en ce qui concerne la tactique électorale, puisque la multiplicité des candidatures conduit nécessairement à l'échec.

Tout commande par conséquent aux dirigeants de ces formations de se concerter sans délai, sans préalable et sans exclusive. Je leur adresse, quant à moi, un appel pressant à l'entente et à l'union.

Le but est clair : il s'agit de faire en sorte que, dans chaque circonscription, ne se présente contre les candidats de l'U. D. R. et du parti communiste qu'un seul candidat de l'opposition démocratique et nationale, investi par l'ensemble des formations associées et portant le drapeau de cet ensemble.

Le moyen est évident : réunir une table ronde qui, sans se perdre en discussions byzantines, définisse les quelques principes d'une action commune, dans le cadre des institutions républicaines, en vue des élections législatives.

Progrès dans la liberté, changement sans bouleversement, sécurité dans l'indépendance, sont les enjeux de la compétition. Le pays jugerait sévèrement ceux qui, en faisant échouer le rassemblement nécessaire, porteraient la responsabilité soit de la stagnation soit de l'aventure.

mardi 2 avril 2013

Lettre à Jeune Afrique (21 octobre 1987)



Jacques Soustelle

[Jeune Afrique, n° 1398, 21 octobre 1987]

J'ai lu avec surprise et regret l'article, publié par votre revue en date du 16 septembre (n° 1393), de S.E. Hamadi Essid, ambassadeur de la Ligue arabe, qui me met en cause.

Je résumerai ma position en disant que Son Excellence se trompe d'adresse. Me taxer de racisme et de xénophobie est à la fois odieux et ridicule. S'il est un thème sur lequel je n'ai de leçons à recevoir de personne, c'est bien celui-là. Mon article du Figaro Magazine qui provoque l'ire de Son Excellence n'avait rien à voir ni avec le racisme ni avec les chiffres d'exportations ou d'importations dont l'ambassadeur a cru devoir nous régaler. Il ne concernait qu'un problème juridique et constitutionnel, celui de la nationalité française. Un point, c'est tout.

Je ne saurais accepter que Monsieur Hamadi Essid affirme : « Tous (souligné par lui) les Arabes insupportent (sic) Soustelle. » Aucun Arabe, Berbère, Noir, Jaune ou Rouge « n'insupporte » un ethnologue qui a passé cinquante ans de sa vie hors de France en Amérique et en Afrique. Ce qui me déplaît et m'inquiète, je crois avoir le droit de le dire, c'est que certains immigrés, qui se trouvent être le plus souvent maghrébins (mais j'en dirais autant s'ils étaient chinois, bulgares ou brésiliens), abusent des droits que la France leur reconnaît et se dérobent aux devoirs dont ils devraient s'acquitter envers elle. Le cas des jeunes gens qui font leur deux ans de service militaire en Algérie, puis reviennent retrouver ici la citoyenneté française est un exemple frappant.

J.S., de l'Académie française

Pourquoi je suis pour (1987)



Code de la nationalité : la grande bataille des intellos

La Commission des Sages va travailler tout l'été. Et la réforme pourrait être adoptée avant la fin de l'année. Texte d'exclusion pour les uns, d'intégration pour les autres. Nous ouvrons le débat.


"POURQUOI JE SUIS POUR"

par JACQUES SOUSTELLE
de l'Académie française

[Le Figaro Magazine, 18 juillet 1987]

Avant tout, écartons un faux-semblant et une confusion nuisible qu'entretient en France, pour des motifs de politique politicienne et électorale, le terrorisme intellectuel de la gauche : la nationalité n'est pas la race, elle n'a rien à voir avec la race ; par suite, discuter de la nationalité et des lois qui la réglementent n'a rien de commun avec le racisme. Il faut en finir avec cette odieuse campagne de culpabilisation que mènent les soi-disant anti-racistes à la mode de Harlem Désir. Un Français est un Français, qu'il soit blanc, noir ou basané. Tout le problème est de savoir comment procéder pour défendre les Français, de toute origine, contre l'intrusion de pseudo-Français, contre les fraudeurs et escrocs, contre les profiteurs qui n'utilisent l'étiquette nationale que pour bénéficier d'avantages matériels, contre les traîtres en puissance liés à une allégeance étrangère. Il s'agit là d'un ensemble complexe de questions juridiques, certes, mais aussi psychologiques, politiques. Il est scandaleux qu'on mobilise à ce propos des foules ignorantes (« deux cents organisations ont défilé le 15 mars contre tout projet de réforme du code de la nationalité », dont bien entendu les « potes » de SOS-racisme, le parti communiste, le parti socialiste, le PSU) et qu'on profère l'anathème contre ceux qui souhaitent une réforme raisonnable, comparés sans plus attendre à Hitler, Himmler et Barbie.

Puisqu'une Commission des Sages, qui comprend effectivement bien des hommes éminents et qualifiés, a été mise en place (manquerait-on de sages sur les bancs du Palais-Bourbon ou du Sénat), il paraît convenable d'attendre qu'elle se prononce. On doit même s'efforcer de lui fournir des éléments de réflexion. Mais de grâce ! assez de ce tumulte démagogique, de ces pressions inadmissibles. Un peu de calme et de sérénité ne ferait pas de mal.

Pourquoi envisager une réforme des lois concernant la nationalité française ? Tout simplement parce que ces lois, conçues et votées en d'autres temps, ne répondent plus aux réalités d'aujourd'hui : il y a eu, entre autres événements, l'abandon de l'Algérie, la « décolonisation », la crise économique du tiers monde. Notre législation est donc, sur certains points, inadaptée et périmée. Il est nécessaire de la revoir, attentivement et sans passion, sans défilés, sans invectives. Est-ce trop exiger d'une vieille nation démocratique ?

Certains enfoncent allègrement des portes ouvertes, qui croient procéder à une révélation bouleversante en nous apprenant que la France a été de tout temps un pays d'immigration et que nombre d'entre nous descendent d'Italiens, de Polonais, d'Espagnols ou de Portugais. On pourrait leur rappeler qu'un groupe important d'immigrants a été quelque peu refoulé en 732, à Poitiers, par un certain Charles Martel... Tout le monde sait bien que le problème fondamental de la France d'aujourd'hui est celui de ces immigrants qu'on appelle « maghrébins » pour ne pas avouer qu'il s'agit là le plus souvent d'Algériens. Or quelle est la difficulté ? Est-ce la race ? Evidemment non, car ces Arabo-Berbères sont physiquement des Méditerranéens comme une grande partie des Français. Le maître mot, ici, c'est la culture, au sens que l'anthropologie donne à ce terme, c'est-à-dire tout ce qui modèle le comportement de l'homme, les coutumes familiales, les croyances religieuses, l'attitude devant le monde et la vie.

Là, il faut reconnaître qu'on se heurte à un redoutable obstacle. On comprend pourquoi il n'a jamais été difficile d'incorporer à la nation française des Européens chrétiens ou juifs, non plus que des Noirs antillais ou guyanais, voire des Vietnamiens. Par contraste, on s'aperçoit que le Maghreb ne nous envoie ni des hommes issus d'une tradition judéo-chrétienne, ni d'ailleurs des musulmans de haut niveau, mais hélas des fellahs déracinés dont l'islam lui-même se réduit à des comportements quasi instinctifs sur un fond de profonde inculture. Poussés par la nécessité, ne trouvant pas dans leur pays les moyens de vivre, ces hommes et ces femmes viennent en France pour bénéficier de ressources, de protection sociale, de soins médicaux, ce qui grève d'autant plus lourdement notre système de sécurité sociale qu'il s'agit le plus souvent de familles polygamiques de nombreux enfants.

Faut-il que ces immigrés deviennent en masse citoyens français, et surtout faut-il que leurs enfants, entrent quasi automatiquement dans la communauté nationale même s'ils n'ont avec elle aucun lien affectif, aucune affinité, même s'ils haïssent ce pays où les a conduits le strict désir d'en utiliser les avantages, même s'ils conservent dans leur cœur (ce qui est absolument leur droit) l'exclusif attachement à leur véritable patrie au sud de la Méditerranée ?

lundi 1 avril 2013

Lettre au Point (20 novembre 1989)



Apartheid

[Le Point, n° 896, 20 novembre 1989]

Permettez-moi de vous exprimer la surprise que je ressens à lire l'article « Apartheid, la ligne blanche » sur l'Afrique du Sud, pays que je crois bien connaître et dont je suis avec attention l'évolution.

Une phrase telle que : « Au royaume de l'apartheid, le gouvernement new-look cherche la formule magique qui lui permettrait d'octroyer à tous un simulacre de démocratie » est un procès d'intention. L'article reflète essentiellement le point de vue non pas de tous les Noirs - par exemple certainement pas celui de Buthelezi et de six millions de Zoulous - mais celui de l'ANC, dont on « omet » de rappeler la dépendance à l'égard du Parti communiste et surtout les atrocités qu'il n'a cessé de commettre en torturant, en assassinant ses victimes, noires généralement, soumises à l'affreux supplice du « collier enflammé ».

J. SOUSTELLE, de l'Académie française
75-Paris