mardi 2 avril 2013

Lettre à Jeune Afrique (21 octobre 1987)



Jacques Soustelle

[Jeune Afrique, n° 1398, 21 octobre 1987]

J'ai lu avec surprise et regret l'article, publié par votre revue en date du 16 septembre (n° 1393), de S.E. Hamadi Essid, ambassadeur de la Ligue arabe, qui me met en cause.

Je résumerai ma position en disant que Son Excellence se trompe d'adresse. Me taxer de racisme et de xénophobie est à la fois odieux et ridicule. S'il est un thème sur lequel je n'ai de leçons à recevoir de personne, c'est bien celui-là. Mon article du Figaro Magazine qui provoque l'ire de Son Excellence n'avait rien à voir ni avec le racisme ni avec les chiffres d'exportations ou d'importations dont l'ambassadeur a cru devoir nous régaler. Il ne concernait qu'un problème juridique et constitutionnel, celui de la nationalité française. Un point, c'est tout.

Je ne saurais accepter que Monsieur Hamadi Essid affirme : « Tous (souligné par lui) les Arabes insupportent (sic) Soustelle. » Aucun Arabe, Berbère, Noir, Jaune ou Rouge « n'insupporte » un ethnologue qui a passé cinquante ans de sa vie hors de France en Amérique et en Afrique. Ce qui me déplaît et m'inquiète, je crois avoir le droit de le dire, c'est que certains immigrés, qui se trouvent être le plus souvent maghrébins (mais j'en dirais autant s'ils étaient chinois, bulgares ou brésiliens), abusent des droits que la France leur reconnaît et se dérobent aux devoirs dont ils devraient s'acquitter envers elle. Le cas des jeunes gens qui font leur deux ans de service militaire en Algérie, puis reviennent retrouver ici la citoyenneté française est un exemple frappant.

J.S., de l'Académie française