mardi 2 avril 2013

Pourquoi je suis pour (1987)



Code de la nationalité : la grande bataille des intellos

La Commission des Sages va travailler tout l'été. Et la réforme pourrait être adoptée avant la fin de l'année. Texte d'exclusion pour les uns, d'intégration pour les autres. Nous ouvrons le débat.


"POURQUOI JE SUIS POUR"

par JACQUES SOUSTELLE
de l'Académie française

[Le Figaro Magazine, 18 juillet 1987]

Avant tout, écartons un faux-semblant et une confusion nuisible qu'entretient en France, pour des motifs de politique politicienne et électorale, le terrorisme intellectuel de la gauche : la nationalité n'est pas la race, elle n'a rien à voir avec la race ; par suite, discuter de la nationalité et des lois qui la réglementent n'a rien de commun avec le racisme. Il faut en finir avec cette odieuse campagne de culpabilisation que mènent les soi-disant anti-racistes à la mode de Harlem Désir. Un Français est un Français, qu'il soit blanc, noir ou basané. Tout le problème est de savoir comment procéder pour défendre les Français, de toute origine, contre l'intrusion de pseudo-Français, contre les fraudeurs et escrocs, contre les profiteurs qui n'utilisent l'étiquette nationale que pour bénéficier d'avantages matériels, contre les traîtres en puissance liés à une allégeance étrangère. Il s'agit là d'un ensemble complexe de questions juridiques, certes, mais aussi psychologiques, politiques. Il est scandaleux qu'on mobilise à ce propos des foules ignorantes (« deux cents organisations ont défilé le 15 mars contre tout projet de réforme du code de la nationalité », dont bien entendu les « potes » de SOS-racisme, le parti communiste, le parti socialiste, le PSU) et qu'on profère l'anathème contre ceux qui souhaitent une réforme raisonnable, comparés sans plus attendre à Hitler, Himmler et Barbie.

Puisqu'une Commission des Sages, qui comprend effectivement bien des hommes éminents et qualifiés, a été mise en place (manquerait-on de sages sur les bancs du Palais-Bourbon ou du Sénat), il paraît convenable d'attendre qu'elle se prononce. On doit même s'efforcer de lui fournir des éléments de réflexion. Mais de grâce ! assez de ce tumulte démagogique, de ces pressions inadmissibles. Un peu de calme et de sérénité ne ferait pas de mal.

Pourquoi envisager une réforme des lois concernant la nationalité française ? Tout simplement parce que ces lois, conçues et votées en d'autres temps, ne répondent plus aux réalités d'aujourd'hui : il y a eu, entre autres événements, l'abandon de l'Algérie, la « décolonisation », la crise économique du tiers monde. Notre législation est donc, sur certains points, inadaptée et périmée. Il est nécessaire de la revoir, attentivement et sans passion, sans défilés, sans invectives. Est-ce trop exiger d'une vieille nation démocratique ?

Certains enfoncent allègrement des portes ouvertes, qui croient procéder à une révélation bouleversante en nous apprenant que la France a été de tout temps un pays d'immigration et que nombre d'entre nous descendent d'Italiens, de Polonais, d'Espagnols ou de Portugais. On pourrait leur rappeler qu'un groupe important d'immigrants a été quelque peu refoulé en 732, à Poitiers, par un certain Charles Martel... Tout le monde sait bien que le problème fondamental de la France d'aujourd'hui est celui de ces immigrants qu'on appelle « maghrébins » pour ne pas avouer qu'il s'agit là le plus souvent d'Algériens. Or quelle est la difficulté ? Est-ce la race ? Evidemment non, car ces Arabo-Berbères sont physiquement des Méditerranéens comme une grande partie des Français. Le maître mot, ici, c'est la culture, au sens que l'anthropologie donne à ce terme, c'est-à-dire tout ce qui modèle le comportement de l'homme, les coutumes familiales, les croyances religieuses, l'attitude devant le monde et la vie.

Là, il faut reconnaître qu'on se heurte à un redoutable obstacle. On comprend pourquoi il n'a jamais été difficile d'incorporer à la nation française des Européens chrétiens ou juifs, non plus que des Noirs antillais ou guyanais, voire des Vietnamiens. Par contraste, on s'aperçoit que le Maghreb ne nous envoie ni des hommes issus d'une tradition judéo-chrétienne, ni d'ailleurs des musulmans de haut niveau, mais hélas des fellahs déracinés dont l'islam lui-même se réduit à des comportements quasi instinctifs sur un fond de profonde inculture. Poussés par la nécessité, ne trouvant pas dans leur pays les moyens de vivre, ces hommes et ces femmes viennent en France pour bénéficier de ressources, de protection sociale, de soins médicaux, ce qui grève d'autant plus lourdement notre système de sécurité sociale qu'il s'agit le plus souvent de familles polygamiques de nombreux enfants.

Faut-il que ces immigrés deviennent en masse citoyens français, et surtout faut-il que leurs enfants, entrent quasi automatiquement dans la communauté nationale même s'ils n'ont avec elle aucun lien affectif, aucune affinité, même s'ils haïssent ce pays où les a conduits le strict désir d'en utiliser les avantages, même s'ils conservent dans leur cœur (ce qui est absolument leur droit) l'exclusif attachement à leur véritable patrie au sud de la Méditerranée ?