lundi 1 juillet 2013

L'échec de la révolte cedilliste au Mexique (1938)



L'échec de la révolte cedilliste au Mexique

[Le Populaire, 9 juin 1938]

Nous reproduisons volontiers cette analyse que notre ami Jacques Soustelle a consacrée à la révolte cedilliste. Nous ajouterons que le gouvernement américain n'a aucunement appuyé la tentative du général Cedillo qui, abandonné par presque tous les siens, est traqué par les troupes fédérales et se trouve acculé entre la reddition et l'exil.

Jacques Soustelle, qui avait été chargé, il y a quelques années, d'une importante mission au Mexique, mission dont il a donné un récit partiel dans un livre intitulé Mexique, terre indienne, publie dans le dernier numéro de l'Ecole libératrice, les lignes suivantes sur le général Cedillo qui a tenté récemment de soulever l'Etat contre M. Cardenas, son président actuel.

« Cedillo est le type même du Cacique », écrit M. Soustelle, roitelet absolu d'un territoire dont le contrôle échappe au pouvoir central. Colossalement riche, d'une fortune rapidement acquise, il a fait de son Hacienda, Las Palomas, une sorte de palais conforme à ses goûts, avec un aérodrome et un cinéma privés. Il y fait venir, recrutées même en Europe de passagères compagnes, et y donne des « fêtes » où les meilleurs vins de France arrosent de plantureux banquets.

« Le fief de Cedillo consiste essentiellement en une chaîne de montagnes, la Sierra Gorda, qui s'étend entre le plateau de San Luis Potosi à l'Ouest, et la région de Tampico à l'est. Montagnes désertiques, crayeuses, désespérément sèches et couvertes de cactus, où seules quelques vallées-oasis sont propices à l'établissement de villages : Ciudad del Maiz, Alaquines. Profitant d'un étroit plateau enclavé dans la Sierra, passe la voie ferrée de San Luis à Tampico.

« A l'entrée et à la sortie des montagnes, elle serpente dans d'étroits ravins où il est très facile de la couper. Dans l'ensemble, la portion « cédilliste » de l'Etat de San Luis est très pauvre et ne constitue guère une base pour des opérations militaires d'envergure. Des noyaux rebelles peuvent s'y maintenir longtemps, mais ne peuvent en sortir sans dommage.

« Lorsque j'ai eu l'occasion, au temps de la dictature calliste, de séjourner dans le pays de Cedillo, j'ai pu y voir de près la nature du pouvoir qu'il exerçait. Ses anciens soldats installés dans des colonies militaires et agricoles, constituaient la base de sa puissance. Les présidents municipaux étaient ses créatures et j'en ai vu plus d'un abandonner toutes ses occupations pour aller, sur un coup de téléphone du général, lui faire préparer un repas somptueux dans le village qu'il daignait honorer de sa visite.

« Le gouverneur de l'Etat lui-même n'était qu'un homme de paille, à qui un « secrétaire », agent de Cedillo, dictait la conduite à tenir après avoir téléphoné au « cacique ». Bref, San Luis, et surtout la région de Las Palomas, formait un petit Etat totalitaire enclavé dans la République ; dictature sans programme et même sans démagogie, où la volonté d'un homme, appuyé de quelques milliers de fusils, tenait lieu de loi. Jusqu'à ces derniers temps, pas une des conquêtes de la révolution n'avait pu être appliquée sur le territoire de Cedillo, à tel point que même le programme scolaire instauré par le gouvernement Cardenas y était demeuré lettre morte.

« Que signifie donc la rébellion cédilliste ? Plus qu'un mouvement fasciste véritable, elle représente une réaction de défense des petits satrapes locaux devant la liquidation progressive du système des caciques par le président Cardenas. Ce dernier, en nommant Cedillo chef militaire d'une autre zone, au Michoacan, a mis le dictateur de San Luis dans l'obligation de se soumettre ou d'entrer en rébellion ouverte. Le général Cedillo a préféré la seconde voie.