mardi 13 août 2013

Allocution à Chahbounia (15 septembre 1955)



[Allocution de Jacques Soustelle à Chahbounia, 15 septembre 1955, texte reproduit dans Aimée et souffrante Algérie, Paris, Plon, 1956, p. 274-276]

(...) Grâce au plan d'équipement accéléré que le Gouvernement a bien voulu, sur ma proposition, doter de crédits importants, c'est la piste de Bouaïche, le marché et l'abattoir de Paul-Cazelles, qui sont en voie de réalisation. Ainsi toute une vaste zone du Sud subit une transformation qui n'a pas d'autre moteur que la solidarité nationale, d'autre moyen que le travail pacifique de tous, d'autre but que le progrès.

Pourquoi ne pas rappeler ici que ce programme n'est lui-même qu'une partie, relativement minime, d'un plan d'ensemble qui, dans toute l'Algérie, vise exclusivement à améliorer l'existence de nos concitoyens musulmans ? Je me bornerai à mentionner que notre service de défense et de restauration des sols a remis en culture, à ce jour, 124 000 hectares et planté près de 2 millions d'arbres fruitiers ; que 221 secteurs d'amélioration rurale, groupant 350 000 fellahs, ont labouré cette année 435 000 hectares grâce au matériel mécanique collectif le plus moderne ; que, dans le domaine de l'élevage, 148 centres pilotes, 87 troupeaux de sélection, 1 300 points d'eau aménagés, 600 000 quintaux de stocks de fourrage constitués, plus de 3 millions d'animaux traités contre diverses maladies, témoignent de l'intérêt que porte le Gouvernement général à cette branche primordiale de l'économie algérienne.

Puisque certaines voix, à l'étranger, s'élèvent pour accuser la France, j'ai le devoir de souligner que tout ce qui a été accompli, tout ce qui doit l'être, les projets d'aujourd'hui et les réalités de demain, tout cela est fait pour le peuple rural de ce pays, pour le fellah et le pasteur, en un mot pour la population musulmane. Qui donc a réalisé cette œuvre, qui la conduit, qui entend la poursuivre sans relâche, sinon la France ? Que deviendrait cet effort, et que deviendrait l'Algérie, sans la France ? Quant à ceux qui nous critiquent avec tant de haine, je les mets au défi de montrer, dans leurs propres pays, ce qu'ils ont réalisé de comparable pour leurs peuples.

On se demandera alors, peut-être, pourquoi cette œuvre et pourquoi cet effort ? A la base de tout cela, il y a une idée bien simple : c'est que la France ne veut faire aucune distinction entre ses enfants, qu'ils vivent au nord ou au sud de la Méditerranée, au nord ou au sud de l'Atlas. Elle veut que les paysans d'Algérie connaissent les progrès que ceux de la Métropole ont lentement conquis au cours des siècles. La République veut accélérer, dans tous les domaines, la marche de ses citoyens vers un avenir meilleur. Si les circonstances de l'histoire et de la géographie ont imposé ici un grave retard, notre tâche est de le combler et pour cela de presser le pas. Notre but, le but de la France ne sera atteint que le jour où chaque Algérien, quels que soient sa confession ou son métier, jouira des mêmes avantages, remplira les mêmes devoirs et exercera les mêmes droits que tout autre Français.

Je sais bien que ceux qui portent les responsabilités — et, croyez-moi, elles sont lourdes — s'entendent constamment reprocher par les uns d'aller trop vite, par les autres d'aller trop lentement. Les partis pris et les violences s'élèvent de part et d'autre, comme des rochers abrupts entre lesquels pourtant doit passer la bonne route. Protéger les vies et les biens, ramener la paix, promouvoir le progrès économique et social, enfin, par de justes réformes, ouvrir la voie de l'avenir, autant de tâches conjuguées et inséparables qu'il faut de toute nécessité mener de front sans se laisser égarer ni fléchir.

Bientôt, l'Assemblée algérienne aura à se prononcer sur un premier ensemble de projets, dont il ne me convient ni d'exalter ni de décrier le mérite, mais dont la valeur essentielle réside dans l'orientation qu'ils définissent pour le présent et le futur. En les proposant, les proposant, avec l'accord du Gouvernement, j'ai conscience de répondre à ce que l'Algérie et son peuple attendent de nous, au delà des agitations qui n'ont qu'un temps et des passions qui vainement s'affrontent.

Qu'il s'agisse de construire un barrage ou d'édifier une loi, de fertiliser une terre stérile ou de faire germer un espoir, la même règle guide notre conduite : travailler obstinément et malgré tous les obstacles, pour le bien des hommes comme nous l'imposent la tradition, l'honneur et la volonté de la France.