mercredi 1 janvier 2014

Mise au point dans Le Monde (30 septembre 1987)



Algérie : Une mise au point de M. Jacques Soustelle

[Le Monde, 30 septembre 1987]

Le numéro de Dossiers et documents sur la guerre d'Algérie publié par le Monde appellerait de ma part de multiples réserves ; mais je me bornerai à relever la phrase me concernant personnellement, page 4 : "Jacques Soustelle, gouverneur général, passe d'une politique libérale à une politique répressive."

La politique que j'ai menée en Algérie tout au long de l'année 1955 est demeurée dans ses grandes lignes conforme aux directives que j'avais reçues de François Mitterrand, ministre de l'intérieur, et de Pierre Mendès France, président du conseil, lors de ma nomination, puis confirmées par Edgar Faure, chef du gouvernement. Elle avait pour principe d'abord d'appliquer loyalement le statut de l'Algérie avec toutes ses conséquences favorables à la population musulmane, ensuite de préparer l'"intégration" (terme que je n'ai pas inventé et qui fut employé notamment par Mendès) de l'Algérie à la République, c'est-à-dire l'égalité des droits et des devoirs sans aucune discrimination, et la liquidation des vestiges de la situation coloniale. Dans la pratique, j'ai développé l'accession des musulmans à la fonction publique, créé les SAS et les centres sociaux, mis en oeuvre la réforme des communes, et plus généralement élaboré un plan que l'Assemblée algérienne était prête à voter à une écrasante majorité quand est malheureusement intervenue, en décembre, la dissolution du Parlement. Il n'y a donc pas eu de rupture, de revirement, de passage du "libéral" au "répressif".

Naturellement, comme c'était le devoir de toute autorité responsable, j'ai réagi face aux exactions terroristes du FLN, qui brûlait les écoles, mutilait, égorgeait. Cette action défensive n'avait de sens et ne se justifiait à mes yeux que par la nécessité de rétablir l'ordre et la paix pour mener à bien une large politique de réformes.