samedi 3 mai 2014

Allocution à Radio-Alger (12 janvier 1956)



[Allocution de Jacques Soustelle à Radio-Alger, 12 janvier 1956]

(...) Le bien de l'Algérie, c'est d'abord qu'elle reste française. L'Algérie sans la France, ce serait la misère dans d'innombrables foyers. Qui donc, dans le monde, viendrait prendre à sa charge ce que la France apporte à l'Algérie ? Qui remplacerait chaque année les milliards que les travailleurs algériens envoient de la Métropole ? Les étrangers qui prodiguent leurs encouragements à la rébellion ou leurs conseils à la France, s'intéresseraient peut-être volontiers à l'Algérie pour y forer des puits de pétrole ou y creuser des mines, mais pas pour y faire des routes ou y construire des écoles. Je dis que la séparation de l'Algérie et de la France serait pour l'Algérie, et spécialement pour le peuple musulman de ce pays, la pire des catastrophes. La sécession, c'est la ruine. C'est aussi la guerre civile installée ici à l'état endémique, l'anarchie permanente avec des horreurs dont même celles que nous subissons depuis un an ne nous donnent qu'une faible idée. (...)

Tous les moyens doivent pour cela être mis en œuvre. Je n'ai pas cessé depuis un an de les rechercher et de les employer dès que je les ai obtenus. Cet effort doit être et sera poursuivi.

Ensuite, puisque l'Algérie doit demeurer partie intégrante de la France, il faut que cette exigence devienne chaque jour plus réelle pour le bien de tous. Cela signifie que doit être solennellement reconnue et garantie, au sein de la République française, la personnalité originale de cette province dans le respect de sa tradition, de sa religion, de sa culture. Cela signifie aussi qu'entre tous les Français d'Algérie, quelle que soit leur origine ethnique, quelle que soit leur confession, de même qu'entre eux et leurs concitoyens de la métropole, doit régner l'égalité. L'égalité des droits et des devoirs, des avantages et des sacrifices, depuis Dunkerque jusqu'à Tamanrasset.

Je suis profondément convaincu que c'est la voie du salut. C'est aussi le génie de la France généreuse et humaine qui nous engage à rompre avec les routines du passé et à répondre au défi des forces mauvaises qui nous assaillent par un grand pas en avant, par une ferme décision de progrès et de fraternité.

Non à la rébellion, avec son obscurantisme et sa sauvagerie. Non à l'immobilisme qui se complaît dans le maintien précaire d'une situation dépassée. Rassemblons-nous au contraire, nous tous qui voulons la paix et le progrès, pour sauver l'Algérie par la résistance à l'agression et par la grande réforme que ce pays attend. Il faut créer enfin une véritable communauté, c'est-a-dire mettre en commun tout ce qui est la France et tout ce qui est l'Algérie. (...)

Le déchaînement de la violence ne peut donner à la rébellion une victoire impossible ; il peut seulement condamner chaque jour un plus grand nombre d'Algériens à la mort ou à la ruine. Il n'y a pas de solution hors de la France et sans la France. Je n'ai pas d'autre but, d'autre souci, que de la dégager et de la faire prévaloir. J'y parviendrai si vous m'y aidez, si vous apportez votre concours et votre confiance à la tâche que j'ai entreprise. Ainsi, et ainsi seulement, nous rétablirons ici tous ensemble la paix dans la dignité et dans l'union.