mardi 30 décembre 2014

Lettre au Monde (8 décembre 1971)



Après les incidents du campus de Caen

UNE LETTRE DE M. SOUSTELLE

[Le Monde, 8 décembre 1971]

M. Jacques Soustelle, ancien ministre, président du mouvement Progrès et Liberté, nous écrit à propos de l'agression dont il a été victime le 2 décembre à Caen, où il devait faire une conférence (le Monde du 4 novembre) :

1) Le campus de l'université de Caen est, assez étrangement, partagé en deux territoires : l'un (où se trouve l'amphithéâtre du droit) est placé sous la responsabilité du président de l'université, M. Izard ; l'autre sous celle du recteur. Tant le président que le recteur sont responsables, chacun pour son territoire, de la sécurité des bâtiments, des biens et des personnes. Dans la pratique, ces dispositions se sont traduites par l'absence totale de protection de la liberté d'expression. La police, alertée au début de l'agression, s'est vu refuser l'entrée du campus. Force est de reconnaître que l'université est livrée sans aucun moyen de défense à une minorité armée.

2) Les "incidents" ont duré une demi-heure, et non seulement ai-je été sérieusement atteint au globe oculaire droit, mais encore d'autres personnes ont été blessées, dont le professeur Roche, qui a eu la main brisée à coups de barre de fer.

3) Il n'est peut-être pas inutile de mentionner que le Cercle d'études internationales dont j'étais l'invité est une organisation apolitique, sous les auspices de laquelle ont déjà parlé des personnalités telles que l'ambassadeur Zorine, le cardinal Daniélou, M. François Mitterrand, etc. D'autre part, la conférence devait être suivie d'un débat au cours duquel toutes les opinions auraient pu s'exprimer. Malheureusement, les néo-nazis, qualifiés on ne sait trop pourquoi de "gauchistes", ne comprennent le dialogue qu'à coups de barres de fer. Les slogans antisionistes et antisémites vociférés par mes agresseurs ne laissent aucun doute à ce sujet.

Dans un communiqué, le P.S.U. désapprouve ce genre d'"action individuelle". "Il sait que, dans l'histoire du mouvement ouvrier, ces actions employées de manière systématique ont favorisé, par réaction, la montée du fascisme, notamment en Allemagne et en Italie."