samedi 31 janvier 2015

Le drame des Indiens Miskitos (1984)



Le drame des Indiens Miskitos

[Le Monde, 9 octobre 1984]

Je n'ai pas pu lire sans être profondément choqué le paragraphe que MM. Frédéric Deve et Alain Ruellan consacrent, dans leur article sur le Nicaragua publié par le Monde du 29 septembre, à la tragédie dont sont victimes les Indiens Miskitos (ainsi d'ailleurs que les Sumos et les Ramas) sous le régime sandiniste. En tant qu'ethnologue spécialisé dans l'étude des populations mexicaines et centre-américaines, je n'ai pas cessé de suivre avec intérêt d'abord, puis avec inquiétude, enfin avec un sentiment de révolte, les événements qui se sont déroulés dans la zone côtière orientale du Nicaragua.

Tous les témoignages, tous les rapports d'hommes sérieux et honnêtes qui ont été sur place, concordent : le peuple indien vit un drame effroyable, qui n'a d'autre nom que le génocide. La dictature somoziste avait négligé les Indiens. Aussi survivaient-ils selon leur mode traditionnel d'existence, selon leurs croyances et sur leurs terres. On pouvait s'attendre à ce que le régime nouveau s'efforçât de les aider à améliorer leurs conditions de vie tout en respectant leur identité. Malheureusement, c'est tout le contraire qui s'est produit. Pour ce qui me concerne, j'ai appris avec stupeur, par des témoins indiscutables, la terrible vérité : villages incendiés, récoltes détruites, meurtres, viols, déportations.

« C'est la première fois dans l'histoire du Nicaragua, écrivent MM. Deve et Ruellan, que l'on se préoccupe de réaliser un véritable développement de ce peuple » : quelle ironie ! Les Miskitos combattent, non point pour ou contre une idéologie, mais pour leurs terres et leur foi, c'est-à-dire pour leur vie même en tant que peuple autochtone.

JACQUES SOUSTELLE,
de l'Académie française.