samedi 28 février 2015

Diminishing apartheid (1983)



L'apartheid en déclin

Par Jacques Soustelle, membre de l'Académie française.

Copyright : Le Quotidien de Paris / Soustelle

[South African Digest, 25 novembre 1983, traduit de l'anglais par Aurélien Houssay]

Lorsque les circonstances de l'histoire jettent différentes nations dans la même partie du monde, chacune avec sa culture, ses coutumes, sa langue et même sa couleur propres, de graves problèmes d'aliénation culturelle, de racisme ou d'intolérance religieuse sont inévitables. Comme le nombre de têtes de l'Hydre mythologique, ce monstre ne cesse d'apparaître pour déchirer les pays et les peuples. La tragédie du Liban est un exemple des énormes problèmes qui se produisent lorsque des groupes minoritaires hétérogènes doivent vivre ensemble.

Les problèmes deviennent presque insurmontables lorsque des puissances extérieures soufflent sur les braises pour exploiter à leur avantage ces "frustes passions" de la haine raciale ou du fanatisme — comme l'a dit le général de Gaulle en Algérie en 1947, avant que la décolonisation ne devienne à la mode. Qu'est-ce que serait l'OLP (dont le leader, Yasser Arafat, a récemment annoncé le "message positif" qu'il avait reçu de Youri Andropov) sans le soutien, les armes et l'argent russes ?

L'ensemble de la question se heurte ici à l'hypocrisie et à des prétextes fallacieux. L'URSS est le pays le plus raciste du monde, le seul pays dans lequel la propagande antisémite, similaire au célèbre Stürmer, est publiée officiellement. Mais cela n'empêche pas les Russes et leurs amis communistes comme le MRAP (le mouvement antiraciste français censé promouvoir l'amitié entre les nations) de se présenter comme anti-racistes et de condamner l'Afrique du Sud.

Ces mêmes personnes exigent que les immigrés d'Afrique du Nord aient le droit à leur foi, à leur langue et à leur développement ethnique propres. En afrikaans, cela s'appelle l'apartheid. Vraiment, tout cela est extrêmement déroutant. Un courage et une persévérance exceptionnels, caractéristiques de la nation boer, qui firent autrefois du président Paul Kruger une figure populaire en France, ont été exigés du gouvernement d'Afrique du Sud, son Premier ministre, M. PW Botha, et "l'autre" Botha, Pik, son ministre des Affaires étrangères et de l'Information. Ils ont été attaqués par Moscou et, hélas, dans une certaine mesure, même par Paris. Ils ont été attaqués par des organisations terroristes étroitement associées au KGB, stigmatisés comme sacrilèges par le Parti conservateur du Dr. Treurnicht, abandonnés par le Parti progressiste qui devait normalement soutenir leur action. Mais ils continuent.

Référendum

Le 2 novembre, un événement historique aura lieu en Afrique du Sud. Pas un coup d'Etat sanglant comme en Haute-Volta ou au Ghana, pas une guerre civile comme au Tchad, mais un référendum — le premier en Afrique du Sud où l'électorat blanc va s'exprimer sur la nouvelle constitution proposée par le gouvernement et approuvée par le Parlement.

Il est impossible ici de donner en détail le texte compliqué de la Constitution, qui est le produit d'un long processus de rédaction et l'objet de beaucoup de débats parlementaires. Mais cette constitution est la base du partage du pouvoir entre les Blancs (5 millions), les Indiens (850 000) et les Métis (2 700 000), sous la direction d'un président "à la française". Avec beaucoup de choses qui ont changé (par exemple, le système de quotas qui limite le nombre d'étudiants noirs dans les universités, la reconnaissance des droits de résidence de milliers d'immigrés suite à l'arrêt Rikhoto de la Cour suprême), des piliers entiers de l'édifice de l'apartheid sont en train de s'écrouler — légalement et sans effusion de sang.

Quid des 17 millions de Noirs ? M. PW Botha donne deux réponses possibles à cette question. Tout d'abord, les Etats nationaux qui deviennent indépendants l'un après l'autre, comme quatre d'entre eux l'ont déjà fait. Je sais qu'il y a des gens soi-disant éclairés qui préfèrent dire que ces Etats sont ridicules, petits et pauvres, mais en réalité, le Transkei a certains des meilleurs pâturages et certaines des terres les plus fertiles du pays et le Bophuthatswana est l'un des plus grands producteurs de platine au monde. Chacun de ces Etats a son gouvernement, son service public et sa police propres. Mais l'ONU refuse de les reconnaître, tout en reconnaissant sans hésitation n'importe quelle île, comme Grenade. La République d'Afrique du Sud aide ces Etats, comme nous aidons nos anciennes colonies. Et quand cette évolution portera ses fruits, elles formeront, avec la République, une "confédération" de l'Afrique australe. Il faut souligner que tous les Etats de cette partie du monde, Etats marxistes comme le Mozambique inclus, sont économiquement dépendants de leur puissant voisin.

En second lieu, le gouvernement Botha reconnaît l'existence et les droits des Noirs qui n'ont pas de liens avec l'un de ces Etats et qui vivent en grand nombre dans des zones comme Soweto (qui, soit dit en passant, a l'un des hôpitaux les plus modernes d'Afrique, où les patients sont soignés presque gratuitement). Une nouvelle loi leur donne le droit d'élire leurs propres autorités, un processus de développement déjà en cours et qui a vocation à s'étendre à d'autres districts.

La base de ce système est la reconnaissance de l'identité nationale de chacun des groupes nationaux. Les Blancs, constitués par les Afrikaners et les anglophones, sont venus en Afrique du Sud avant les Bantous (les Noirs) qui ont migré d'Afrique centrale. Cela fait près de trois siècles que les huguenots français, comme les Marais, Du Toit et Le Roux, ont fui après la révocation de l'édit de Nantes dans la partie du Cap aujourd'hui connue comme Franschoek. Et M. PW Botha avait tout à fait raison quand il déclarait en avril que les Blancs d'Afrique du Sud représentaient une nation bien établie avec des racines profondes.

Dans ce pays — une mosaïque de groupes minoritaires nationaux et culturels — la nouvelle constitution offre une porte ouverte à de nouvelles réponses en matière de coexistence pacifique. Sans surprise, les communistes, pionniers de l'impérialisme russe, veulent saboter cet effort intelligent et noble. Mais ce qui est surprenant, c'est que les soi-disant chrétiens et "libéraux", qui ont pris l'habitude de condamner systématiquement tout ce qui vient de Pretoria, semblent préférer le conflit stérile et meurtrier.

Si l'électorat dit "oui" le 2 novembre, l'Afrique du Sud entrera dans une nouvelle ère, pleine de promesses pour tous ses peuples et pour l'ensemble du continent.