samedi 30 janvier 2016

Discours d'ouverture de la session plénière de la 7e Conférence mondiale des médias (1984)



Jacques Soustelle
Co-président, septième Conférence mondiale des médias

[Media Credibility and Social Responsibility: Proceedings of the Seventh World Media Conference, November 19-22, 1984, Tokyo, Japan, Washington D.C., World Media Association, 1985, p. 23-26, traduit de l'anglais par Aurélien Houssay]

Monsieur le président, Monsieur le co-président, Mesdames et Messieurs les participants de la septième Conférence mondiale des médias, j'ai eu l'honneur d'être le co-président de la sixième Conférence des médias, à Carthagène, avec le célèbre écrivain colombien German Arciniegas. Un an plus tard, le mouvement qui rassemble les contributions de tant d'hommes et de femmes venant de partout dans le monde n'a rien perdu de son élan. Au contraire ! La septième Conférence des médias promet d'être encore plus importante et significative que la première. Nous sommes sur la bonne voie.

Pour ma part, je ne peux cacher la joie que je ressens personnellement à partager la co-présidence de cette réunion avec l'éminent ambassadeur Douglas MacArthur II, dont le nom est prestigieux en France ainsi qu'au Japon, et de me trouver en présence de notre président, l'ancien Premier ministre Nobusuke Kishi, auquel son pays et le monde libre ont accordé un respect hautement mérité.

Le Japon attire l'attention et suscite l'admiration de l'Europe en raison du rythme impétueux de son développement et de son dynamisme exceptionnel. Sa civilisation moderne s'est conjuguée à un solide attachement à sa culture et à ses traditions. L'hospitalité japonaise est l'un des aspects les plus charmants de cette culture traditionnelle. Je tiens à exprimer ma profonde gratitude à nos hôtes japonais. Dans le même temps, je constate que ce pays a su être à la pointe des techniques de communication les plus modernes et les plus sophistiquées. Ainsi, il est particulièrement approprié que cette conférence, dont l'un des thèmes sera évidemment le rôle et l'impact de la télévision, se tienne ici.

Mesdames et Messieurs, votre tâche est de débattre du problème constaté au cœur de nos sociétés démocratiques, dans une atmosphère de complète liberté : le problème de la responsabilité des communications de masse. Je tiens à souligner la valeur de la liberté, parce que c'est au révérend Moon, le fondateur respecté de cette conférence, laquelle est l'une de ses actions brillantes, que nous devons que ces débats ne soient pas faussés par aucune pression, ni influencés par aucune politique, mais qu'ils se développent dans une atmosphère de libre examen et d'honnêteté intellectuelle. Ceci est une raison de plus pour nous d'exprimer au révérend Moon, injustement empêché d'être parmi nous, nos sentiments de respectueuse gratitude.

D'après moi, le point qui domine le thème central de notre réunion porte sur l'incroyable pouvoir des médias, le pouvoir qu'ils détiennent pour façonner l'opinion publique. Les démocraties sont des systèmes d'opinion. Ainsi, la radio, la télévision et les journaux peuvent exercer tout leur poids sur la politique intérieure de chaque pays ou sur les relations internationales.

En effet, ce pouvoir n'est pas absolu : le bon sens populaire est capable de résister comme il nous en a donné la preuve à travers la brillante réélection du président Reagan, malgré le fait qu'une grande partie des grands journaux et des stations de télévision lui aient été hostiles.

Néanmoins, très souvent des campagnes partisanes, mélangeant vérité et mensonge et ne reflétant qu'un aspect de la réalité, réussissent à tromper le lecteur ou le téléspectateur avec des histoires purement inventées. L'image de la télévision a la puissance de choc qui peut être déviée et déformée par un commentaire biaisé ou des mensonges.

Dans un monde où, malheureusement, la violence fait rage et où les conflits éclatent, il est trop facile d'exploiter de forts sentiments émotionnels en montrant des maisons démolies, des cadavres, des enfants abattus, et en attribuant les causes de ces décès et de cette destruction. Par exemple, nous pouvons nous rappeler de l'extraordinaire explosion de propagande anti-israélienne qui a utilisé les événements au Liban comme un prétexte. Les marxistes, pour influencer la subversion au niveau mondial, accordent une attention particulière à l'utilisation des médias dans le but de discréditer les gouvernements et les nations qui leur résistent. Le ministre nazi Goebbels a utilisé la technique de répéter sans cesse les mêmes mensonges pendant la Seconde Guerre mondiale. Le résultat a été une image particulière dictée à un public largement ignorant et désorienté.

Je citerai deux exemples : le Paraguay, un petit petit pays paisible et laborieux qui est dénoncé en permanence car il s'est avéré être un rempart contre le communisme, et la République d'Afrique du Sud, qui est sans cesse attaquée en même temps que le président Botha, lequel, animé par un esprit généreux et réaliste, dirige son pays sur le chemin de la réforme.

De même, certains cercles s'évertuent à gonfler certains faits de façon complètement disproportionnée, ou encore à inventer certains faits. Certains s'efforcent de cacher à l'opinion publique ce qui pourrait être défavorable à un parti en particulier. En Europe et notamment en France, il a été presque impossible, jusqu'à présent, d'exposer le sort horrible des Indiens Miskito du Nicaragua qui ont été massacrés et déportés par les autorités marxistes. Un rideau de silence a été tiré entre ces malheureux Indiens et l'opinion publique européenne. En France, un quotidien important est allé jusqu'à déclarer qu'aucun gouvernement nicaraguayen ne s'est jamais soucié des Miskito, à l'exception des sandinistes !

Deux facteurs sur lesquels peuvent jouer les médias exercent une forte influence sur l'opinion publique et donc sur la politique. Ce qui est à la mode est l'un des facteurs, car il y a une mode dans ce domaine de la politique comme dans la forme des chapeaux ou la couleur des cravates. L'autre facteur est ce que je qualifierais de "terrorisme intellectuel". Dans de nombreux pays, ce n'est que récemment qu'un écrivain peut dénoncer le communisme sans que son talent soit immédiatement désavoué.

Que peut-on faire pour que les médias, une invention merveilleuse et si favorable au progrès de la conscience humaine, ne soient pas retournés contre l'humanité elle-même, soit par le contrôle des régimes totalitaires ou par les entreprises de déstabilisation et de désinformation ?

Tout au long de ma vie publique, pendant et après la guerre mondiale, j'ai remarqué la façon dont l'opinion publique dépend des techniques de l'information utilisées par les agences de presse. Cette tendance n'a fait que s'accroître à notre époque, en particulier avec le développement de la transmission par satellite. Le résultat est que de vastes régions du monde sont abreuvées d'informations provenant exclusivement ou presque exclusivement d'une agence internationale. Par conséquent, le danger serait grand si les forces subversives réussissaient à utiliser ces puissants moyens de communication.

La vigilance est impérative. La concurrence entre ces organisations a permis la préservation de la possibilité du libre arbitre. Jusqu'à présent, il est incontestable que nous préférerions nous abonner à une agence de presse occidentale plutôt qu'à l'agence Tass ! De toute évidence, la pire proposition serait celle que l'UNESCO voudrait imposer au nom des gouvernements qui se déclarent non-alignés, précisément parce qu'ils sont alignés. Nous savons comment cela fonctionne : une sorte d'agence d'Etat, un système de guerre contre la liberté d'information.

Cette liberté est notre fierté en tant que démocrates, mais elle nous rend aussi vulnérables, parce que les totalitaires n'ont pas à affronter les mêmes problèmes que nous et ils savent comment exploiter nos faiblesses d'une manière astucieuse.

Le maintien à tout prix de cette liberté et en l'élargissant davantage tout en résistant aux forces subversives, est l'axe autour duquel cette septième Conférence mondiale des médias sera organisée, et à laquelle, Mesdames et Messieurs, je souhaite tout le succès qu'elle mérite !