samedi 4 juin 2016

Tribune libre dans Combat (23 octobre 1961)



[Tribune libre de Jacques Soustelle dans Combat, 23 octobre 1961]

Depuis quelque temps se manifeste dans la presse ce qui est évidemment une campagne orchestrée : on m'a « vu » dans tel ou tel endroit, j'ai « séjourné » dans telle ou telle localité, j'ai « contacté » mille et mille personnalités de toute nationalité, mais bien entendu d'extrême-droite, et je trame des complots avec une « internationale fasciste » qui, paraît-il, s'intéresse à la défense de l'Algérie française.

J'ai traité jusqu'à présent par le mépris ces affabulations délirantes. Je considérais qu'il ne valait même pas la peine de démentir ces prétendus séjours dans des lieux où je ne suis jamais allé, ces prétendus conciliabules avec des gens que je n'ai jamais rencontrés, toutes ces inventions encore plus grotesques que malveillantes. Si pourtant je juge aujourd'hui nécessaire de rompre le silence, c'est parce qu'il y a des injures qui sont intolérables, et des mensonges qu'on ne peut laisser se répandre quand on demeure attaché à une grande cause.

Résistant, démocrate, antifasciste, antiraciste, je ne puis accepter qu'on affuble d'un masque hideux mes intentions et ma pensée ; défenseur obstiné de l'Algérie française, je ne veux pas me prêter à ce que cette cause à la fois nationale et humaine soit salie aux yeux d'une opinion mystifiée par des calomniateurs sans scrupules.

Je l'accepte d'autant moins que cette campagne procède de milieux qui, soutenant la politique actuelle du pouvoir et travaillant activement à l'abandon de l'Algérie au F.L.N., se font par là les auxiliaires d'une entreprise totalitaire et raciste.

Je n'ai pas de leçons ni de blâmes à recevoir des associés, des admirateurs ou des complices de la clique raciste qui a fait ses preuves sanglantes par les massacres d'El-Alia et qui, de Ben Khedda à Nasser, à la Ligue arabe et au grand mufti El Husseïni, se relie au pire antisémitisme et au nazisme.

Entre le commandant de Saint-Marc, ancien déporté de la Résistance, et le « ministre » F.L.N. Mohammedi Saïd, j'ai choisi. Je suis pour le résistant Saint-Marc et je réprouve ceux qui tendent la main aux fanatiques assassins, qui, hier encore, arboraient la croix gammée.

Je ne me contente donc pas d'opposer un démenti aux mensonges et aux inventions auxquels je faisais allusion plus haut. C'est sur le plan des idées que j'entends me placer, et je déclare que, si je condamne la politique algérienne actuelle, c'est précisément par fidélité à mes convictions de toujours.

C'est parce que je suis et je reste républicain et démocrate que je repousse avec horreur cette politique dont le résultat évident est l'instauration en Algérie d'une dictature féroce aux dépens d'Européens et de musulmans qui sont encore aujourd'hui, qu'on le veuille ou non, des citoyens français.

C'est parce que je crois au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et à conserver leur liberté, leurs croyances, leur culture, que je condamne l'oppression à laquelle est soumis dès maintenant le peuple algérien de civilisation française, chrétien ou juif, que l'on brime de cent manières pour lui arracher sa nationalité et que l'on accule au désespoir en ne lui offrant d'autre avenir que l'esclavage ou la déportation.

C'est parce que j'attache une importance primordiale à la parole donnée par une grande nation que je réprouve avec dégoût le parjure auquel on pousse l'armée pour l'obliger à abandonner les musulmans qui lui ont fait confiance au péril de leur vie.

C'est parce que j'ai, durant toute ma vie consciente, combattu le racisme, que je me refuse à accepter que la France, reniant toute sa tradition, s'abaisse à pratiquer une politique de discrimination raciale (ces « gens qui ne font pas partie de notre peuple ») et livre des minorités ethniques à une domination totalitaire. (...)

Puisqu'on agite à mon propos l'épouvantail de l'Internationale fasciste, je suis amené à parler d'un sujet que j'ai cherché à connaître. Cette Internationale existe ; et, ce qui surprendra certains, elle est à fond contre l'Algérie française et pour le F.L.N. C'est le 22 octobre dernier à Paris que s'est tenue une réunion de fascistes et de nazis de différentes nationalités, et que cette assemblée, après avoir chanté le Horst Wessel Lied, a adopté une résolution condamnant la politique d'intégration en Algérie. (...)

Et n'est-il pas normal, au demeurant, qu'une doctrine égalitaire et antiraciste comme celle du 13 mai fasse horreur aux nostalgiques de Hitler ?

Du chef nazi Johann von Leers, devenu conseiller de Nasser au Caire, aux néo-nazis allemands qui, avec l'Egyptien Fakoussa, ancien S.S., créent et animent outre-Rhin les innombrables comités pro-F.L.N., tels que la « Deustch-Arabische Gemeinschaft », le Comité « für Djemila Boupacha », etc., des dirigeants de l'Internationale fasciste de Malmœ aux comités « pour la paix en Algérie » de Belgique et d'autres pays, la toile d'araignée est tissée. C'est le réseau de l'antisémitisme, de l'antisionisme, du fanatisme pan-arabe, des admirateurs de Himmler et d'Eichmann. Et ce réseau travaille pour le F.L.N. Tels sont les faits.

Et j'en ai encore beaucoup d'autres du même genre à la disposition des curieux.

Alors, qu'on cesse donc de jeter à la face de ceux qui veulent défendre l'Algérie et la sauver pour la République l'injure du fascisme. Ceux qui la profèrent, s'ils sont de bonne foi, feraient bien de regarder de plus près leurs alliances.